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![]() Dossier de presse - Juin 2004
Exposition de la collection de Lodz au Centre Georges Pompidou.
Liaisons en sûreté. L’exposition au Centre Pompidou à Paris est une grande splendeur, mais aussi un énorme défi. La présentation du "Parcours polonais" inaugurée hier, un des plus importants points du programme de la Saison Polonaise en France, est-elle à la hauteur de ce défi? Tout dépend de comment on voit les choses: 68 œuvres de la collection de Lodz donnent sans doute un beau témoignage de l’avant-garde polonaise de l’entre deux guerres dont les valeurs sont encore renforcées par un bon arrangement. (…) Or, le public parisien a déjà vu la représentation polonaise en personnes de: Wladyslaw Strzeminski, Katarzyna Kobro, Karol Hiller, Henryk Berlewi et autres qui occupent des places honorables dans l’histoire de l’art. Cette fois, on les voit en compagnie d’un cercle d’amis étrangers, pionniers de la contemporanéité eux aussi, comme le Hollandais Théo van Doesburg, les Français Fernand Léger et Sophie Tauber Arp, ou le Hongrois Vilmos Huszar. Cet ensemble n’est pas accidentel: ces artistes ont offert leurs œuvres au Musée d’Art Moderne qui se créait à Lodz. Comme on le sait, il a démarré en 1931, à l’initiative privée de quelques enthousiastes qui cherchaient parmi leurs amis des donateurs militants sociaux aussi ardents. Il était plus facile d’en trouver à Paris. Ainsi, après plus de 70 ans, les Français ont l’occasion de voir ce qu’ils ont perdu au profit de la Pologne, à cause d’un geste trop prompt de certains artistes. (…) Sommes-nous à même de les impressionner par notre collection de Lodz? En guise de rappel: la première rencontre avec nos constructivistes du Musée d’Art Moderne a eu lieu à Beaubourg il y a 21 ans. Or, même en adressant l’exposition à la jeune génération, on aurait pu en extraire plus d’intérêt. Il aurait été intéressant, par exemple, de mener certains thèmes jusqu’à la contemporanéité, de faire sentir la force des découvertes artistiques des années 20 et 30 à travers leurs avatars d’aujourd’hui. Car nous avons en Pologne beaucoup de continuateurs archi-intéressants de l’avant-garde de l’époque, pour ne citer que quelques-uns: Berdyszek, Gostomski, Szankowski. On pourrait allonger la liste jusqu’aux plus jeunes. Il en est de même pour les photomontages qui constituent une partie de l’exposition. Janusz Maria Brzeski ou Kazimierz Podsadecki (…) pourraient entrer dans un discours avec les artistes d’aujourd’hui qui ont un rapport analogue au monde. Il ne s’agit pas des collages petit format composés de coupures de photos, mais de l’idée de confronter dans les compositions les éléments venant de différentes réalités, d’une sorte de rébus dont le spectateur doit découvrir tout seul le sens. Les possibilités sont infinies, des tableaux photographiques à plusieurs éléments de Beksinski ou Cieslewicz (NB: excellemment connu du public parisien) au "Journal" de Pawlak. Selon moi, les organisateurs du "Parcours polonais" ont suivi la loi du moindre effort. Ils ont présenté un segment de l’histoire sans essayer de l’associer à quoi que ce soit. Très justement, l’exposition est organisée près du musée, c’est à dire de la plus vieille partie du Centre Pompidou. Heureusement, un hasard nous a aidé: deux semaines plus tôt, a été ouverte une rétrospective d’Aurélie Nemours, peintre âgée de 94 ans, autrefois disciple de Léger. La vieille dame est toujours active et fidèle à sa conception de l’art élaborée dans les années 50. Partisane fanatique de l’abstraction géométrique, elle semblait d’abord en retard par rapport aux constructivistes; puis, elle s’est avérée précurseur du minimalisme; actuellement, elle est tout simplement une grande individualité. On perçoit dans le contexte de son exposition monographique, des liens artistiques universelles hors le temps et hors les nations. Les artistes polonais y étaient et ils continuent à y être inscrits. Il suffit de comparer certaines pièces d’exposition avec le "Parcours polonais". On pourrait facilement attribuer certaines œuvres de Nemours à Henryk Stazewski, surtout les compositions délicates couvertes de fines lignes noires de la série "Rythme du millimètre". Notre artiste a créé, quasiment dans le même temps, dans les années 70, des compositions linéaires analogues. "Composition architectonique" de Wladyslaw Strzeminski, qui a elle aussi sa sœur jumelle dans l’exposition de Nemours, est, en revanche, plus jeune de près de 50 ans que l’œuvre de Nemours. Mais ne soyons pas dupes, en pensant qu’au fil des années, l’abstraction géométrique s’est gagné une foule d’amateurs. Elle n’est appréciée et admirée que par un cercle restreint du public des arts plastiques. La majorité préfère un art moins intellectualisé et plus sensuel. La preuve: les foules qui sont venu voir la présentation de l’œuvre de jeunesse de Juan Miro, à Beaubourg aussi. Dans la lutte pour le spectateur, Aurélie Nemours a perdu de loin avec le grand Espagnol. Je crois que les avant-gardistes polonais la dépasseront d’à peine un cheveu. Monika Malkowska, Rzeczpospolita, le 30 juin 2004 Au Plateau, la réalité sociale vue par dix Polonais (...) Le centre d'art de la rue des Alouettes, dans le 19e arrondissement, expose dix artistes. L'un n'est plus : né en 1927, Andrzej Wroblewski est mort trente ans plus tard, après avoir élaboré une œuvre surgie elle aussi de nulle part, entre Hélion et Fougeron, subtil détourneur de l'esthétique imposée du réalisme socialiste. Deux toiles le représentent, l'une presque au début du parcours, l'autre à la fin, qui montrent des hommes fusillés, moins proches du 3 de Mayo de Goya que des souvenirs de son propre père, tué par les nazis. Pour qui connaît le propre travail d'Eric Corne, artiste, ancien directeur du Plateau, et commissaire de l'exposition, la parenté est évidente. Encore fallait-il avoir le regard d'un peintre pour comprendre l'importance que Wroblewski peut revêtir pour les artistes polonais d'aujourd'hui. C'est en présentant son exposition "Voir en peinture" (Le Monde du 7 octobre 2003) en février à Varsovie, que Corne a rencontré Wojciech Krukowski qui, après avoir ouvert un premier centre d'art à Gdansk du temps de Solidarnosc, a récupéré une ancienne caserne, le château Ujazdowski. Il y montre de l'art, mais y a aussi installé deux restaurants, un théâtre, et un cinéma. "Lors de mon séjour, dit Eric Corne, il projetait Les Triplettes de Belleville." Ainsi conquis, Corne, aidé de Krukowski, a choisi les acteurs de cette pièce. Dominik Lejman, et ses vidéos presque invisibles, puisque l'artiste tient à ce qu'elles soient projetées en pleine lumière : des foules deviennent fleurs, des patineurs glissent sous la surveillance d'un hélicoptère. Jadwiga Sawicka, et ses Faux amis, des affiches qui rappellent que l'école de graphisme polonaise fut une des meilleures du monde, mais dont le texte juxtapose les programmes télé de France et de Pologne, où sont également diffusées les séries américaines, le tout soigneusement lacéré. Jaroslaw Modzelewski, qui interroge la double tradition de Malevitch et des primitifs italiens. Leon Tarasewicz, une armoire à glace qui, en privé, collectionne les oiseaux et, en public, rétrécit les pièces, les recouvre de peinture violemment colorée, et place le visiteur dans le tableau. Des femmes aussi, comme Agata Bogacka qui peint les silhouettes de ses proches dans des poses intimes, Elzbieta Jablonska qui, en surdimentionnant les éléments d'une cuisine, replonge le visiteur en enfance et l'oblige à reconsidérer la condition féminine, ou Monika Sosnowska, qui a repeint les vitres du Plateau aux couleurs de son pays, dans la tradition de la peinture "fixée sous verre", en jouant sur le regard, lisse et global à l'extérieur, fragmenté mais percevant les mouvements du pinceau à l'intérieur. Deux merveilleux faussaires enfin, Marcin Maciejowski, qui mêle pop art et réalisme socialiste, et Robert Kusmirowski, capable de reproduire n'importe quel document, et de faire définitivement perdre la raison au spectateur. Ils "ont perdu une bonne occasion de se taire", disait naguère Jacques Chirac. Ceux-là prouvent au contraire qu'il serait bon, toujours pour paraphraser le président, de savoir aussi "méditer leur message". Harry Bellet, Le Monde, samedi 26 juin 2004 Les jours de Varsovie à Paris: le temps de la mémoire. Aujourd’hui, dans la capitale de la France, commencent les jours de Varsovie, prévus pour cinq mois. Ont été préparés des concerts, des expositions, des spectacles de théâtre et d’opéra. La manifestation sera inaugurée par la grande exposition photographique "L’Insurrection de Varsovie 1 VIII – 5 X 1944". On y trouve des photographies et des souvenirs de la collection du Musée Historique de Varsovie. Alina Janowska est l’invitée spéciale du vernissage solennel. "Je n’ai jamais eu un trac aussi grand qu’avant ce spectacle" a dit l’actrice à "Rzeczpospolita" juste avant de partir pour Paris. "La participation à cet événement est pour moi un hommage rendu à mes collègues qui n’ont pas vécu jusqu’à ce moment. Pendant de longues années, la vérité sur l’insurrection a été efficacement couverte de silence". Lors du concert de souvenirs seront présentés les extraits du film "Zakazane piosenki" ["Les Chansons interdites"] où l’actrice a chanté "Czerwone jabluszko". Alina Janowska qui fut agente de liaison dans le 3e peloton du bataillon "Kilinski", racontera également Varsovie sous l’Insurrection. (…) Demain à 10 heures, commencera à la Bibliothèque polonaise de Paris, un débat sur l’Insurrection de Varsovie. Seront présentés des films documentaires et le projet du Musée de l’Insurrection de Varsovie. J.B.-S., Rzeczpospolita, le 24 juin 2004 Des polonais peignant à la bretonne Aujourd’hui, est inaugurée au Musée Départemental Breton de Quimper en France, l’exposition "Peintres polonais en Bretagne (1890-1939)". Elle a été préparée par le Musée National de Varsovie. Quimper est la capitale du Finistère ou "Fin de la terre", un département breton, promontoire le plus avancé au nord-ouest de la France. La Bretagne a des origines celtes et un fort sentiment de sa particularité culturelle. La beauté du paysage austère des côtes a depuis longtemps attiré les artistes. Le groupe le plus célèbre de peintres qui ont travaillé ici, se concentrait dans les années 1888-1900, auprès de l’école de Pont-Aven, créée autour de Paul Gauguin avant son départ pour Tahiti. Le plus célèbre parmi les artistes polonais actifs dans ce cercle fut le peintre Wladyslaw Slewinski lié d’amitié avec Gauguin. Il a voyagé avec lui en Bretagne et finalement, après avoir renoncé à son poste de professeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie, il s’est installé à Doëlan en Bretagne. Slewinski y a peint des paysages marins synthétiques, des portraits comme "Deux Bretonnes au panier de pommes" ou l’autoportrait au chapeau breton. La liste des artistes polonais qui cherchèrent une inspiration en Bretagne, est plus longue: Anna Bilinska, Olga Boznanska et Mela Muter, mais aussi Jozef Pankiewicz et Eugeniusz Zak, ou des artistes de l’Ecole de Paris représentée dans l’exposition par: Moïse Kisling, Simon Mondzain, Henry Hayden, Louis Marcoussis (Ludwik Markus), Roman Kramsztyk, Henry Epstein, Joachim Weingart, Jan Rubczak. Parfois, des influences bretonnes se révèlent dans l’art polonais d’une manière surprenante. Par exemple, dans la peinture "naïve" cubisante de Tadeusz Makowski. Il s’avère que ses bonhommes portent parfois des chapeaux bretons et que ses musiciens jouent des instruments populaires bretons. Nous trouverons des traces bretonnes même dans des tableaux de jeunesse de Stanislaw Witkiewicz. Dans sa "Nature morte" de 1911, il y a des échos du séjour de Witkacy chez Slewinski en Bretagne. La vaisselle du tableau est de tradition bretonne. Les Polonais ont découvert la Bretagne de différentes manières. L’exposition de Quimper présente leurs œuvres chronologiquement, de 1890 à 1939. Au total, 110 travaux – tableaux, dessins et œuvres graphiques – venant pour la plupart de collections polonaises, mais aussi de collections françaises et suisses. Les commissaires de l’exposition sont Barbara Brus-Malinowska et Elzbieta Charazinska du Musée National de Varsovie. Monika Kuc, Gazeta Wyborcza, le 24 juin 2004 L'Année Gombrowicz. L'écrivain dans une cierie. Un Musée Witold Gombrowicz vient d’être inauguré. Son siège temporaire se trouve à Bodzechow, rue Fabryczna. Aujourd’hui, une scierie privée, autrefois c’était une usine métallurgique dirigée par Jan Onufry Gombrowicz, le père de l’écrivain. (…) Grâce à l’action de promotion, le nom de l’écrivain court aujourd’hui toutes les rues. (…) Le musée de l’auteur de "Ferdydurke" sur sa terre natale de Swietokrzyskie, a été inventé par deux enseignants – Zbigniew Tyczynski d’Ostrowiec et Wlodzimierz Szczauba de Nietulisk. Ils ont aussi créé la Fondation Witold Gombrowicz "Witulin". "Dans le monde, il n’y a qu’un nom propre lié à l’écrivain" dit Tyczynski. "C’est Witulin, nom de l’usine de carton reçu par Gombrowicz en dot, aujourd’hui nom d’une partie de Doly Biskupie, où il y avait autrefois la fabrique". A Witulin, il y aura le siège fixe du musée conçu par Jolanta Pol du Musée de la Littérature de Varsovie. (…) Parmi les pièces d’exposition présentées samedi dernier, on trouve les photos de l’écrivain et de sa famille, des documents, le texte dactylographié du "Mariage", le bureau de directeur appartenant à son père. Après la fermeture de l’exposition de Düsseldorf, des souvenirs de Gombrowicz – entre autre sa pipe, sa cravate, sa canne et la valise avec laquelle il partit outre-atlantique – rejoindront l’exposition actuelle. (…) Bodzechow, puis Witulin, ne sera que le centre du musée dispersé constitué des lieux liés à Gombrowicz. Une visite ici devrait être le couronnement du "trajet Gombrowicz". Bien qu’il n’y ait pas beaucoup de traces matérielles, les lieux, les paysages perpétués dans "Ferdydurke" se sont conservés. "Il était d’ici par sa gueule" dit Tyczynski. C’est ainsi qu’il a intitulé son "Guide de Gombrowicz" récemment publié, où il décrit en détail 23 villages liés à l’écrivain. Tyczynski a rassemblé des preuves que l’écrivain a reproduit fidèlement, dans sa prose apparemment abstraite, sa jeunesse, en élevant la "basse" terre de Swietokrzyskie et des gens concrets qui y vivent, au rang d’un symbole célèbre dans le monde. Marek Mikos, Gazeta Wyborcza, le 21 juin 2004 Chopin joué à Paris La Société Chopin de France organise depuis des années, au parc Bagatelle (Bois de Boulogne près de Paris), le Festival Chopin d’été. Cette année, il commence ce vendredi. En raison de la Saison Culturelle Polonaise en France, y participeront, pour la première fois, de nombreux artistes polonais (entre autre Krzysztof Jablonski, Beata Blinska, Wojciech Switala, Olga Pasiecznik, Ewa Poblocka, Piotr Paleczny). Se présenteront également six pianistes français primés au Concours Chopin de Varsovie: de Bernard Ringeissen (lauréat en 1955) à Philippe Giusiano (1995). Grzegorz Dobiecki, Rzeczpospolita, le 18 juin 2004 Galerie Opéra. Exposition "Art et plaisirs de la table". Le ciel sur la table. Les Polonais et les Français ont décidé de se retrouver, au Zamek Ujazdowski, à table et d’y montrer ce qu’ils ont de meilleur dans le domaine du design des deux pays. A la Galerie Opéra, ils présenteront deux tables – polonaise et française. De la vaisselle et des chaises uniques. Chaque objet jusqu’au plus petit a été projeté par un artiste différent. Nous verrons des travaux de débutants et des classiques. Des œuvres qui renouent avec la tradition et d’autres ultramodernes. Comparée à la française, la table polonaise est très disciplinée. La diversité des formes a été unifiée par la tonalité générale de la table, en noir et blanc. La table française est complètement différente. Elle a résisté à la discipline. C’est une table d’individualistes, non touchée par la mode du minimalisme. Les Français prouveront ce soir, lors du vernissage de l’exposition, leur spontanéité et leur amour de festins en arrangeant un repas dans la cour du château. L’exposition "Art et plaisirs de la table" ouverte jusqu’au 2 juillet à Varsovie, sera ensuite transférée à Paris où elle sera présentée dans l’hôtel historique de la mairie du 1er Arrondissement, vis-à-vis du Louvre. Agnieszka Kowalska, Gazeta Wyborcza Stoleczna, le 17 juin 2004 Un pique-nique polonais dans un hippodrome près de Paris. A cheval et plus près de France. Hier, au célèbre hippodrome de Chantilly, près de Paris, a eu lieu une série de courses annuelles dont la plus importante est celle où les participants se disputent le Prix de Diane-Hermès. On a vu des drapeaux polonais ondoyer au-dessus de l’hippodrome; le prix principal a été remis par Jolanta Kwasniewska et toute cette manifestation de sport et de hasard, a été transformée en grande fête polonaise. Peut-être la meilleure qui ait eu lieu dans le cadre de la Saison Polonaise en France "Nova Polska" en cours depuis le mois de mai. Car avant même le commencement des courses, plus de 10 mille amateurs des compétitions de ce genre ont pu visiter la "petite Pologne", construite sur le terrain d’un vaste près local. Il y avait une ferme paysanne, un manoir de noble et une auberge juive. Sur une scène, le groupe de musique folk "Muzykanci" a joué des noces de paysans mises en scène et d’excellentes noces juives. Avec un couple de jeunes mariés sous un baldaquin et avec "Mazel Tov!" scandé avec l’ensemble du public. Au menu polonais, on pouvait trouver les pieds de porc en gelée, ainsi que des "okowita" [des eaux de vie] de différents types et puissances. On a pique-niqué à ciel ouvert jusqu’à ce que la course polonaise commence. C’est là que les vraies émotions ont commencé. Entre chaque course on a pu admirer des hussards ailés, un cortège nuptial cracovien (l’auteur de l’arrangement de cette revue hippique, Karolina Wajda, ne cachait pas de s’être inspirée de Wyspianski); finalement, on a vu apparaître des uhlans de la compagnie de garde équestre du président de la République de Pologne. Un moment fort: des sabres et des lances à la main, en plein galop, comme s’ils poursuivaient le fameux ennemi du célèbre chant … Les organisateurs français du pique-nique à Chantilly, ont écrit dans le dossier de presse que la Pologne et la France étaient liées – en dehors de toutes autres traditions – par l’amour du cheval. Une remarque juste. Certains invités polonais ont eu du mal à pourvoir aux exigences de l’élégance imposées par la tradition des courses à Chantilly. (…) Jolanta Kwasniewska s’est très bien tenue, tant sur la tribune d’honneur que dans les contacts privés avec des enfants polonais. Elle a dit à "Rzeczpospolita": "Le cœur s’emplit de joie, quand on voit ondoyer des drapeaux polonais au vent, dans une ambiance de pique-nique aussi agréable. Une telle invitation est un honneur pour nous". Grzegorz Dobiecki de Chantilly, Rzeczpospolita, le 14 juin 2004 Qui a peur d'Isaac Bashevis Singer ? Jusqu'en décembre, la France vivra à l'heure polonaise. Le catalogue sorti avec le soutien de l'Association française d'action artistique (AFAA) et des autorités de Varsovie commente, à l'heure de l'élargissement de l'UE, les manifestations prévues pour la célébration d'un pays si souvent dépecé. (...) De Chopin à Penderecki, né en 1933, auteur de la symphonie Les Sept Portes de Jérusalem, sans omettre la musique populaire juive (klezmer) et tzigane, interprètes, compositeurs, philosophes, cinéastes... trouvent leur place dans cet élégant répertoire. On y apprend, entre autres, la publication à la rentrée d'un Abécédaire des relations franco-polonaises sous la direction de Bronislaw Geremek, ainsi que la version française de l'ensemble des documents sur le ghetto de Varsovie et le peuplement juif de la Pologne. A côté d'une pléiade de jeunes écrivains, la présence de ceux qui ont inscrit les lettres polonaises au patrimoine universel donne au catalogue un grand intérêt : Witold Gombrowicz (1904-1969), pourfendeur d'une "polonité" obsolète et antisémite, Bruno Schulz (1892-1984), modeste professeur de dessin (2) et arpenteur crépusculaire des abysses intérieurs, Tadeusz Kantor (1915-1990), qui révolutionna l'art dramatique, Czeslaw Milosz (né en 1911, Pri! x Nobel 1980) et enfin Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1885-1939), qui se suicida après l'invasion de la Pologne orientale par l'armée rouge de Staline. Malgré un trop bref paragraphe sur les relations tendues entre Juifs et Polonais - affaires du Carmel d'Auschwitz, de Jedwabne... -, ce qui stupéfie davantage, c'est l'absence de toute mention faite aux frères Singer, surtout au cadet, Isaac Bashevis (1904-1991), qui bénéficia d'une considérable audience après son prix Nobel de littérature en 1978. Comme son aîné, Israël Joshua (1839-1944), Isaac Bashevis demeure un témoin incontournable de la vie juive en Pologne. Et rares sont les auteurs dont l'oeuvre est à ce point nourrie, traversée, hantée par la Pologne d'avant-guerre à laquelle Singer revient toujours. S'il est vrai que la véritable patrie d'un auteur est sa langue d'expression - ainsi le yiddish pour les Singer -, le regard qu'ils posent sur leur pays natal enrichit la "spécificité polonaise" de la réalité de l'Autre, celle d'un peuple exterminé. Oubli coupable ou lapsus révélateur ? Ce silence est d'autant plus regrettable en 2004, l'année même du centenaire de Bashevis Singer - et à l'heure où, dit-on, les mentalités polonaises changent -, qu'une juxtaposition de Gombrowicz et de Singer à l'intérieur du catalogue aurait pu symboliser une réconciliation entre ces deux peuples. Sans doute aussi celle de la littérature narrative, souvent opposée aux écrivains dits élitistes, tel l'auteur de Ferdydurke. Bashevis, ce véritable anticonformiste, qui ne craignait jamais de déplaire ou de choquer, ferait-il encore peur aujourd'hui ? Edgar Reichmann, Le Monde des Livres, vendredi 11 juin 2004 |