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LE KALÉIDOSCOPE POUR LES FRANÇAIS

Le livre « Kaléidoscope Franco-Polonais » faisant le point sur la saison polonaise « Nova Polska » vient de paraître en France. C’ est une sorte de guide des traditions de la culture polonaise en France, mais aussi de la culture française en Pologne.

Le ministre de la culture Donnedieu de Vabres qui a participé samedi à la cérémonie de clôture de la saison polonaise, n’a pas épargné les mots d’estime pour les performances de nos artistes, et il a également promis que leurs œuvres seront dorénavant présentes dans la vie culturelle française. Deux organisateurs de la saison ont été décorés par le ministre de l’ordre des Arts et Lettres. L’un d’eux est Marcin Frybes, coauteur de ce livre exceptionnel. Le « Kaléidoscope Franco-Polonais » édité seulement en français pour le moment, (la version polonaise paraîtra bientôt) est richement et ingénieusement illustré. Il contient près de deux cents articles dans différents domaines, en commençant par de courtes biographies, en finissant par des articles de commentaires sur plusieurs pages. À côté de Mickiewicz, Milosz, Gombrowicz et Curie-Sklodowska, nous pouvons y trouver Napoléon, De Gaulle, Victor Hugo ou Nadia Boulanger, et à côté de la bibliothèque polonaise à Paris et la revue « Kultura » - les instituts français en Pologne et des traces françaises à Cracovie. Mais aussi « Gazeta Wyborcza ».

Ces articles ont été écrits par d’excellents auteurs français et polonais, entre autres, Marcin Kula, Alain Touraine, Bernard Guetta ou Aleksander Hall. Les initiateurs et les rédacteurs de ce guide ont laissé aux auteurs des articles une assez grande liberté, pour cette raison, le « Kaléidoscope Franco-Polonais » contient pas mal d’idées contradictoires. Par exemple, dans les articles sur la Grande Emigration nous pouvons trouver soit de l’estime envers les Français pour leur hospitalité et leur tolérance, soit la critique pour les chicanes auxquels les émigrés polonais avaient été exposés. Mais grâce à cela, ce livre a du caractère et nous le lisons non sans émotions.
Marek Rapacki, Gazeta Wyborcza, mardi 22 mars 2005


TOUTES LES LUMIÈRES SUR LE PASSÉ

(…) Cette exposition nous rend conscients à quel point les nouvelles tendances dans l’art, résultent des performances précédentes ; nous pouvons y voir qui fut un génie original et qui ne fut qu’un épigone doué. L’un des artistes les plus importants de l’exposition est Georges de La Tour, artiste baroque nommé un peu à tort – le Caravage français. Regardons son « Saint Sébastien pleuré par Sainte Irène». La scène intime avec des personnages sur les visages desquels nous n’apercevons ni douleur ni tristesse, mais plutôt une sorte de réflexion sur la signification des événements advenus (…).

Beaucoup plus dynamique est le tableau de Philippe de Champaigne « Dieu le Père créant l’univers matériel » Il est assisté dans cette joyeuse occupation par des anges jouant sur la viole de gambe. Les frères Le Nain, les premiers artistes français à qui le sort des paysans ne fut pas indifférent, sont représentés ici par leurs œuvres « La Famille de paysans » et « Bacchus et Ariane», une lumineuse composition mythologique.

L’art rococo se caractérisait par une érotique non cachée. Le beau tableau d’Antoine Watteau «Nymphe et satire» en est un bon exemple. Ce peintre génial, mais aussi décorateur d’intérieur et créateur de motifs de tissus, eut une grande influence sur le style et la tonalité de l’époque.

Nous savons parfaitement que des tableaux de petite taille ont parfois beaucoup plus de force que des toiles géantes. C’est visible aussi dans cette exposition. Il est difficile par exemple de pouvoir détacher les yeux de « Deux lapins avec une gibecière et une poire à poudre » de Jean-Baptiste Chardin. Honoré Daumier dans son tableau «Les Passants » s’est servi du noir , en obtenant ainsi à merveille l’effet de colère et de mauvaises humeurs de la société. Évidemment, il ne pouvait pas manquer ici des portraitistes de haut rang, tel Ingres avec son « Portrait de Granet » ou Théodore Géricault avec son « Portrait de carabinier » (…)

À côté de « Les demoiselles des bords de Seine» de Courbet, œuvre magnifique et sensuelle, se trouvent de calmes paysages de Corot. Les créations de ce peintre ont eu une grande influence sur les impressionnistes. Les tableaux de ceux-ci sont disposés dans quelques salles, à côté des œuvres des post-impressionnistes. « Camille Monet sur son lit de mort » de Claude Monet m’a fait la plus grande impression. Nous ne sommes pas sûrs si c’est un tendre adieu avec la femme bien-aimée ou bien une analyse de couleurs du visage fauve de la morte, entouré de draps de même couleur.

Un autre grand plaisir nous est fourni par Renoir et son tableau « Gabrielle à la rose », la femme de ménage et la modèle favorite de ce peintre. De même « Campagne heureuse », œuvre de Jean Dubuffet qui semble être peint par un garçon jovial, libre de toutes doctrines picturales. Justement une telle innocence et spontanéité dans l’art beaucoup d’ artistes du XXe siècle ont recherché. Et certains y ont réussi, Picasso en est la preuve la plus parfaite (...) Le titre de l’exposition « Ombres et lumières. Chefs d’œuvre de la peinture française 1600-2000 » peut être trompeur. C’est l’hommage rendu à l’art du passé. Tandis que les tendances crées après la deuxième guerre mondiale – l’art informel, l’abstraction - ne sont qu’à peine signalées. Elle se trouvent dans l’ombre de la tradition.
Monika Malkowska, Rzeczpospolita, vendredi 18 mars 2005


UNE PARTIE DU LOUVRE À VARSOVIE

Voir à Varsovie les tableaux qui normalement ornent les murs du Louvre et du Musée d’Orsay arrive une fois tous les mille ans. Les chefs d’œuvre de la peinture française seront au Château Royal à partir de demain.

Parmi les chefs d’œuvre j’en citerai quatre pour lesquels il vaut la peine d’aller au Château Royal : « Saint Sébastien pleuré par Sainte Irène» de Georges de la Tour, «Le Bénédicité » de Chardin, « La Famille de paysans » des frères Le Nain et « Les demoiselles des bords de Seine» de Courbet. Des œuvres de ce dernier je conseillerai également un portrait romantique de deux amoureux, et quant aux autres tableaux du XIXe siècle je recommanderai «La Tentation de Saint-Antoine» de Paul Cézanne, œuvre charnière dans son style (…)

Les commissaires de l’exposition ont eu une tâche difficile : montrer cinq siècles de peinture française avec seulement 120 tableaux. Ils s’en sont pas mal sortis. Peut-être, y a-t-il un peu trop d’art courtois du baroque français qui en masse, comme nous le connaissons du Louvre, peut être accablant. « St Sébastien pleuré par sainte Irène» montré tout au début de l’exposition est un tableau-icône. C’est un jalon dans la peinture du baroque français, une œuvre exceptionnelle dans l’art européen. La Tour créa ainsi une variante qui lui est propre du caravagisme, c’est-à-dire d’une peinture fondée sur le jeu dramatique des ombres et des lumières : les personnages monumentaux, comme des statues en pierre descendues des portails de cathédrale gothique, pour se pencher sur le corps du saint.

À côté de ce tableau célèbre nous pouvons voir une autre œuvre, belle mais peu connue : « Saint Sébastien soigné par Sainte Irène » du musée de Bordeaux. Son auteur fut identifié en tant que « maître à la chandelle ». C’est une illustration de la scène précédente, éclairée par une chandelle où Sainte Irène récupère une flèche du corps du saint martyr. C’est ainsi que les organisateurs ont imaginé cette exposition : à côté d’une œuvre célèbre se trouve toujours une autre, moins connue, mais toutefois attirante. Une autre révélation peut être le magnifique tableau de Chardin « Deux lapins avec une gibecière et une poire à poudre » (Musée de Picardie à Amiens), une vanité mystique du XVIIIe siècle. Quelques autres œuvres peuvent attirer l’attention surtout des amateurs de natures mortes : « Corbeille de verres » de Sébastien Stosskopf (musée de Strasbourg) ou « Nature morte aux pêches » de Louis Moillon (musée de Toulouse). Ainsi le musée du Louvre n’est pas le seul à avoir emprunté ses œuvres qui dans la plupart des cas (80%) proviennent des expositions permanentes. Cela est la preuve du niveau de l’exposition (...)

Lors de l’exposition nous trouverons également de grands chefs d’œuvre du classicisme et du romantisme (David, Ingres, Géricault et Delacroix). À côté de Degas, Monet, Gauguin, Picasso et Balthus, nous verrons des abstraits : Pierre Soulages, Aurélie Nemours, Niele Toroni et Eugène Leroy. Bien que l’exposition présente de magnifiques œuvres, son concept essentiel est peut-être moins intéressant. Rien de plus évident que de savoir que la peinture est un jeu entre l’ombre et la lumière. Mais probablement les organisateurs voulaient nous présenter la peinture française en tant qu’unité cohérente. Nous convaincre que l’histoire n’est pas une suite de révolutions et ruptures, mais d’héritage. L’impressionnisme a son origine dans la tradition française, Monet et Sisley amplifient les performances de Lorraine, Poussin et David. Cette exposition en est la preuve (…).
Dorota Jarecka, Gazeta Wyborcza, jeudi 17 mars 2005


CONSTELLATION

Jean-Pierre Salgas « Witold Gombrowicz ou l’athéisme généralisé ». Le livre de Salgas lui ferait un grand plaisir à Gombrowicz. Car, l’auteur l’a placé parmi la constellation des plus grands noms, en en faisant un précurseur des courants intellectuels et artistiques du XXe siècle. Une sorte de « rose des vents » centralisant différentes idées et pensées.

L’étude de Salgas éditée en Pologne est très française. C’est-à-dire, intelligente, pleine d’idées et de noms, brillant de surprenantes associations, de sauts d’une idée à l’autre. Elle est passionnante en tant que preuve d’intelligence, mais irritante à cause de ses raccourcis, de ses slogans qui exigent d’être expliqués et développés. D’un autre côté Salgas n’est pas exactement un Français typique – professeur en théorie et histoire de l’art à l’École Nationale Supérieure à Bourges, connaisseur et amateur de Schultz et Witkacy, organisateur des expositions et colloques sur l’art et la littérature polonais. Cela s’est reflété dans le livre qui est dans la sphère des contextes polonais de Gombrowicz extrêmement compétent malgré quelques petites fautes (...)

L’un des textes clés de Gombrowicz est pour Salgas l’essai « Przeciw poetom » («Contre les poètes ») où il y voit l’expression de ses convictions radicalement antiromantiques, propres aux idées européennes du XXe siècle sous l’égide d’un trio des « maîtres du soupçon » : Marx, Nietzsche et Freud, et auparavant Montaigne, Pascal, Feuerbach ou Schopenhauer. Selon Salgas, Gombrowicz est l’héritier de la pensée du sociologue Durkheim, et il compare le parallélisme des pensées de la sociologie de Pierre Bourdieu avec la sienne. De même importance sont ses liens avec Sartre, Deleuze, Michel Foucault ou Roland Barthes. Salgas suit les résultats de l’erreur de Dominique Roux, son promoteur français, qui a placé Gombrowicz dans le contexte des écrivains soutenus par les « Cahiers de l’Herne » contestant la gauche : Céline, Borges, Pound, Bernanos. Il place également la pensée de Gombrowicz dans le voisinage de grandes traditions de la pensée gauchiste qui, dans les années 60, dominait en Europe occidentale. Gombrowicz, bien qu’il n’ait pas voulu s’identifier à aucun parti politique, se déclarait plutôt partisan de la gauche (non communiste) (…)

Gombrowicz, selon Salgas, rejette la tradition littéraire du caractère polonais au profit de la pensée française, comme il rejette la poésie au profit de la philosophie. L’auteur du livre lui cherche alors une place parmi les Français : philosophes et essayistes philosophants. Les analyses du « Journal » aussi bien que des romans de Gombrowicz, ne sont pas uniquement de nouvelles conceptions d’interprétation de ces œuvres mais, avant tout, ce sont des tentatives pour élargir le champ des comparaisons et pour placer des scènes et sujets particuliers dans la tradition française ou européenne tout court (...) [Les auteurs des livres sur Gombrowicz] ont une vision unanime - percevoir Gombrowicz en tant qu’écrivain universel, entrant dans le dialogue, non pas avec la pensée polonaise, mais avec l’héritage de la pensée européenne, traitant une problématique, exprimée plusieurs années après sa mort dans la philosophie et la sociologie postmoderne, dans la critique postcoloniale ou dans les Gender Studies. Le premier chapitre du livre de Salgas est intitulé : « En France, c’est-à-dire nulle part », le dernier – « En Pologne, c’est-à-dire partout », car Gombrowicz a imposé la thématique de la culture périphérique (polonaise, argentine, juive, créole ) à toutes les cultures fières de leur position dans le monde. (…) Pour Salgas « La Pologne est partout » alors en France aussi. La relativité des structures spatiales de la culture est une expérience extraordinaire du XXe siècle par laquelle un Français peut subitement se sentir un citoyen d’une province (...)

Et pourtant, le livre de Salgas en esquissant tout un labyrinthe de personnalités et de visions du monde, essaie de placer Gombrowicz dans la tradition et la contemporanéité, malgré son indéfinissable caractère « créole ». Cela ne réussit pas toujours (…) L’auteur doit alors, à plusieurs reprises, en quelques sorte, discipliner Gombrowicz après sa mort, le remettre à sa place, l’arracher des étreintes des alliés inconvenants et lui indiquer ceux qui lui sont plus proches. Il est amusant qu’il sache davantage de Gombrowicz qu’il n’en résulte de la lecture de ses livres (…)

Les partisans des vérités et valeurs objectives n’ont rien à chercher ici. D’ailleurs, depuis toujours soit on a essayé de le discréditer (tel Tadeusz Kepinski) soit on a tenté de normaliser ses opinions, de prouver qu’il aimait tout de même la Pologne, et même, Dieu le Père, et que c’est justement par cet amour qu’il « critiquait les défauts nationaux » etc. Salgas ne tombe pas dans des pièges pareils. Car il est beaucoup plus raffiné que les lecteurs naïfs. Et pourtant, il ne sait pas se libérer de la volonté de niveler les contradictions et d’inscrire Gombrowicz dans un système. Et le système, tel un lit de Procruste, ne peut pas se passer d’étirements et d’amputations (…)
Jerzy Jarzebski, Gazeta Wyborcza, mardi 15 mars 2005


LES CHEFS D’ŒUVRE AVEC OMBRES ET LUMIÈRES

Jamais jusqu’alors nous n’avons accueilli en Pologne une si grande représentation de l’art français : cent onze tableaux signés par des génies de la peinture, de Georges La Tour à Balthus, du classicisme à la modernité. L’exposition « Ombres et lumières . Les chefs d’œuvre de la peinture française 1600-2000 » sera ouverte le 18 mars au Château royal de Varsovie. Toutes les œuvres sont déjà sur place, les premiers essais de l’exposition ont commencé. « Les Français se sont montrés généreux envers nous, en enlevant des murs de leurs expositions permanentes, les œuvres les plus précieuses. » - a dit Przemyslaw Mrozowski, commissaire du côté polonais, ne cachant pas son admiration. «Un grand mérite est du au directeur du Louvre. La première salle est déjà prête. Nous « dansons » parmi les disciples français de Caravaggio et Georges de La Tour. La deuxième salle, avec les frères Le Nain, est déjà bien avancée. Je suis impressionné par leur regard social et cordial envers les paysans, eux-mêmes d’ailleurs provenaient de ce groupe. Nous ne savons pas encore comment montrer Poussin pour qu’il ne soit pas accablé par un lourd le Brun, disciple de Rubens. Les impressionnistes attendent encore leur tour pour être répartis. Claude Monet peut être une surprise pour nous- il n’y aura pas de nymphéas ni de cathédrales, en revanche nous verrons un tableaux exceptionnel – un portrait de sa femme sur un catafalque… Nous nous occuperons de l’art contemporain la semaine prochaine, quand les envois du Centre Pompidou seront arrivés ».

Andrzej Rottermund, directeur du Château ne cache pas sa fierté : « En Pologne, jusqu’alors la plus grande et la plus intéressante présentation de la peinture française fut l’exposition « La peinture française de David à Cézanne », montrée en 1956 au Musée national de Varsovie – explique-t-il. « La présente exposition la distancie sur chaque point : elle englobe une période plus longue, plusieurs tendances picturales, et elle comprend plus d’œuvres éminentes et d’impressionnantes dimensions ».

La grande échelle de cette exposition exige de grands espaces, alors elle occupera tout le premier étage, des salles de Matejko jusqu’à la salle des députés. Dans la plus grande salle du Sénat à deux niveaux, on a élevé une construction spéciale. De la mise en scène et de la lumière s’occupent, comme à l’habitude, Violetta Damiecka et Zaneta Govenlock.

Certains tableaux n’ont jamais quittés les murs du Louvre auparavant. On a emprunté également des œuvres au Musée d’Orsay, au Musée Picasso et au Centre Pompidou. Ne s’agit-il pas d’une réponse à la saison polonaise en France de l’année dernière ? Non, c’est un geste généreux du Ministère français de la culture envers les nouveaux membres de l’Union Européenne. Non seulement il a emprunté des œuvres, mais en plus, il couvrira les frais fondamentaux de transport et d'assurance. Cette exposition a déjà été présentée à Budapest, à Varsovie elle sera ouverte jusqu’au 19 juin, puis elle sera transportée à Bucarest, dans sa forme légèrement réduite.

« Cette exposition est exceptionnelle pour une autre raison » - ajoute le directeur Rottermund. « Elle concerne une question artistique importante, différemment traitée pendant les quatre siècles. La lumière et l’ombre dans les tableaux est un grand problème pictural, les artistes l’affrontent dès la préhistoire.»
« Le titre, ainsi que les oeuvres ont été choisis par les organisateurs » - souligne Przemyslaw Mrozowski. « A mon avis, avec un léger changement dans le contenu, nous pourrions l’appeler « L’insupportable légèreté de l’être ». C’est une spécificité française ».

Le directeur Rottermund porte le plus d’affection aux œuvres classiques. « Je suis charmé par « Saint Sébastien », tableau génial de La Tour, l’une des perles du Louvre qui avait quitté ce musée pour la première fois. Je me réjouis à la rencontre avec les œuvres de Lorrain et Poussin, continuateurs de la Renaissance, admirateurs du classicisme romain » - dit-il. « Il y a les magnifiques toiles de Chardin, la nature morte et « le Bénédicité » ou de beaux tableaux de Fragonard. Sans oublier le portrait du plus grand admirateur de l’Antiquité – David ou un excellent tableau d’Ingres. Un portrait peint par un jeune Picasso est également ravissant. Cette exposition est dominée par des chefs d’œuvre ».
Monika Malkowska, Rzeczpospolita, mercredi 9 mars 2005


LE PARIS POLONAIS

Le Musée historique de la ville de Varsovie par son exposition de photographies nous invite à faire une promenade sur les traces des Polonais à Paris. Qui pourrait supposer que vingt rues de Paris portent les noms de polonais célèbres ? Parmi elles, la rue Copernic, la place Chopin et l’allée Walesa. L’auteur de ces photographies est Krystyna Lyczywek, philologue romane. Depuis 1969 elle prend des photos des monuments, maisons, églises et rues liés à nos compatriotes. Elle en a déjà des centaines dans sa collection. L’exposition au musée historique ne nous présente qu’une petite partie de sa collection. Et pourtant, elle nous offre un parcours extraordinaire, certainement absent dans des guides touristiques traditionnels.

Le trajet principal nous emmène vers les lieux liés à la Grande Émigration et aux romantiques polonais. Savons-nous qu’il y a trois monuments représentant Chopin à Paris ? En dehors de celui le plus connu au cimetière Père-Lachaise, nous pouvons voir son buste dans le Jardin du Luxembourg ou encore au parc Monceau. Et sur le mur de la maison, place Vendôme, où Chopin mourut le 17 octobre 1849, est visible une plaque commémorative. Le monument d’Adam Mickiewicz à Paris en tant que « pèlerin » est l’œuvre de Bourdelle, grand sculpteur français. En suivant les traces de Mickiewicz nous arrivons au Collège de France où le poète donna des cours sur la littérature slave, à la bibliothèque où il travailla, à sa maison, rue de Seine, où il termina « Messire Thadée ».

Sur ce trajet romantique nous pouvons visiter la maison, rue de Provence, où habita Juliusz Slowacki, ainsi que l’Hôtel Lambert du prince Adam Czartoryski sur l’île Saint Louis ou l’asile, rue Clevaleret, où mourut Cyprian Norwid. Sur les photographies nous pouvons découvrir beaucoup d’autres lieux concernant les Polonais : le monument du commandant Jozef Poniatowski sur le mur du Louvre du côté Rivoli ou la plaque de L’arc de Triomphe qui rend hommage à sept généraux polonais de Napoléon entre autres : Chlopicki et Dabrowski. Depuis 1992, à Issy les Moulineaux se trouve une statue du prêtre Jerzy Popieluszko, élevée grâce à l’initiative de députés français. Notre expédition se termine à l’Institut Littéraire à Maisons Laffitte près de Paris, qui nous fait penser à l’époque de « Kultura » de Jerzy Giedroyc.
Monika Kuc, Rzeczpospolita, jeudi 3 mars 2005


PARIS TOUJOURS DEBOUT

« La saison polonaise en France « Nova Polska » a atteint son objectif. ElIe a conduit à un changement considérable dans la perception de la Pologne dans ce pays. » - a dit Waldemar Dabrowski, ministre de la culture. Mais est-ce que cette expérience portera ses fruits dans la promotion de la culture polonaise à l’étranger ?
Des saisons des cultures nationales sont organisées en France depuis des années, elles joignent l’utile à l’agréable car elles fournissent au public des divertissements pas chers, tout en construisant des ponts dans les relations internationales. La saison polonaise avait été planifiée pour huit mois – à partir du 1er mai, jusqu’à la fin de l’année, mais en réalité elle a commencé un peu plus tôt et elle s’est terminée au mois de février. Et pourtant, dans « Le Monde » du 16 décembre, où la journaliste Brigitte Salino a exécuté une récapitulation des événements culturels à Paris entre septembre et décembre, il n’y avait pas un seul accent polonais (… ) Deux jours après la présentation de la musique de Zygmunt Krauze pour l’opéra « Yvonne, Princesse de Bourgogne » selon Gombrowicz au théâtre Silvia Monfort, le ministre Dabrowski l’a estimé en tant que grand succès. En effet : on a apprécié aussi bien la musique que l’orchestre et les chanteurs de grande classe. Mais Grzegorz Jarzyna, metteur en scène et coauteur du libretto était encore loin d’avoir achevé son œuvre (…) À Paris, les critiques furent rares et dans la presse de second plan. Par contre « Le Dibouk » d’Anski, Krall et Warlikowski, eut d’excellentes critiques presque partout, mais à Paris il était montré avec une salle à moitié vide (dans les autres villes la situation a été meilleure) (...) De même, la salle de la place du Châtelet était à moitié vide, lors du concert des œuvres de Szymanowski et Lutoslawski, dirigé par Stanislaw Skrowaczewski. Les critiques furent presque absentes. Dommage, car le concert était magnifique (…)

De véritables succès – aussi bien chez les critiques d’art que chez le public - furent certaines expositions : les travaux de Bruno Schulz au musée du judaïsme à Paris, « Les Trois Mousquetaires » (Witkacy, Gombrowicz, Schulz et Kantor, montrés de leurs côtés peu connus) à Nancy, les symbolistes polonais à Rennes. La presse parisienne a émis d’amples critiques et commentaires concernant ces événements.

En général, la présence de la saison dans les media a été plutôt modeste (...) Certaines idées, prévues pour un public de masse, ont toutefois réussi : par exemple, le pique-nique organisé en juin à l’hippodrome de Chantilly près de Paris (…) Nous pouvons également parler d’un grand succès dans le cas du marathon de Chopin durant quelques heures au cœur du quartier du Marais. Et pourtant l’intention première de présenter tout ce que nous avons de mieux, sans épargner des moyens, afin de « mettre Paris à genoux » ne s’est pas réalisée (…)
Une place à part fut réservée à d’importantes manifestations, très bien accueillies : la reprise d’une partie du Festival de la culture juive de Cracovie dans Le Marais ou l’exposition « Mille ans des Juifs en Pologne », montrée d’abord à Toulouse, ensuite dans d’autres villes. En janvier, il y a eu lieu également une conférence sur le sort de Juifs en Pologne dans les années 1939-2004. Les Polonais sont ravis. Presque tous, surtout ceux de la Pologne. Autrement le voient les Polonais de Paris. Ewa Bienkowska, écrivain s’interroge si la quantité n’a-t-elle pas remplacé la qualité (…)

Les défis de promotion, «résultant de notre appartenance à l’Union Européenne », dépassent certainement le cadre des présentations saisonnières de notre culture. Mais celles-ci peuvent être aussi utiles. Le 1er mai commence l’année polonaise en Allemagne. La Saison en France peut ici nous servir de point de repère : qu’est-ce qui mérite d’être montré, qu’est-ce qui peut être efficace, quelles formes de présentations devons-nous choisir. Sans illusions que cela apportera des progrès immédiats dans la construction de l’image de la Pologne à l’étranger.
Marek Rapacki, Gazeta Wyborcza, samedi 26 février 2005


L’ARTISTE DISPARAISSANT

Pawel Althamer, jeune artiste polonais déjà connu dans l’Europe entière, a pour la première fois une exposition rétrospective en Pologne. C’est une grande épreuve. A l’occasion de l’attribution à cet artiste du prestigieux prix Vincent van Gogh, sa première exposition rétrospective a été organisée au musée de Maastricht en 2004. En ce moment nous pouvons voir cette exposition légèrement modifiée à Varsovie. Il y a entre autres « l’Autoportrait », sculpture de diplôme de 1993. Elle est devenue célèbre après que, lors du centenaire de la galerie Zacheta, Harald Szeemann l’ait définie comme étant le symbole de l’homme de la fin du XX siècle en Pologne. Quand Althamer l’a réalisée, le sens de sa sculpture était différent. Le diplôme consistait en sa disparition. À sa place, la commission des examinateurs a pu voir son autoportrait de taille réelle, réalisé à partir de cire, chanvres, herbes et boyaux d’animaux. L’artiste lui-même avait fui l’Académie. La commission avait visionné le film montrant cette fuite : l’artiste prend le bus, descend au bord de la forêt, enlève ses vêtements et disparaît dans les broussailles (…)

Son exposition actuelle est intitulée : « Pawel Althamer encourage ». car aujourd’hui, une galerie en tant que lieu artistique n’a plus de sens. Elle n’est pas le lien, mais la barrière entre l’art et le public. Pour surmonter celle-ci, l’artiste a invité un groupe de jeunes qui avaient à leur disposition la salle Narutowicz pour y peindre sur les murs. Il en est résulté des graffitis optimistes. Il y a quelques jours, il leur a également permis d’y faire un concert (…) Pour ces jeunes, l’exposition de Zacheta a été une thérapie. Mais qu’est-ce qu’y gagne un spectateur ordinaire ? Très peu. Il regarde les murs comme une expérience étrangère, il ne sait pas comment le classifier. Althamer renonce à être artiste pour devenir une sorte de thérapeute (…)

Mais ce que le spectateur reçoit, vient de l’autre côté : de ses magnifiques, sculptures, faites en matériaux de couleur jaune-cire et de paille. Ces sculptures présentent avant tout l’artiste lui-même, sa famille et ses proches. Ses travaux sont dispersés dans le monde entier : de Miami, jusqu’à Cologne et Vienne, en passant par Turin. Alors le fait que nous pouvons les voir ensemble est un grand bonheur. Bien qu’elles soient immobiles, elles sont vraies dans leurs mouvements et leurs gestes. Elle sont pleines d’énergie propre aux momies égyptiennes (...) Et pourtant Althamer cherche à recevoir de l’esprit sans l’intermédiaire de la matière. Tel est aussi le sujet de ses huit films, réalisés avec Artur Zmijewski intitulés : « Les vagues ou les autres phénomènes de la raison », dans lesquels l’artiste, sous l’influence des stupéfiants, raconte ce qui se passe avec lui-même. À en croire ses paroles, il entre en communion avec Dieu (…) Et pourtant, pour moi, la preuve la plus convaincante de ses relations extraterrestres ne sont pas ses films, mais ses sculptures. Ses films sont la confirmation de la voie qu’il avait choisi en fuyant son examen et en laissant son autoportrait: c’est la recherche de l’expression pour la spiritualité. Franchement, sans ironie.
Dorota Jarecka, Gazeta Wyborcza, lundi 28 février 2005


RYSZARD KUBIAK, DIRECTEUR DE L’INSTITUT ADAM MICKIEWICZ

Ryszard Kubiak remplacera Tomasz Tluczkiewicz au poste de directeur de l’Institut Adam Mickiewicz. Tluczkiewicz, producteur de jazz a occupé cette fonction pendant cinq mois. Selon Anna Godzisz, porte parole du Ministère de la culture, il a été renvoyé pour « une mauvaise gestion financière ». Il s’agit de 3,5 millions de zlotys provenant des réserves budgétaires, prévus pour la Saison polonaise en France. L’Institut n’a pas profité de cet argent en raison de la surestimation des coûts ainsi que de l’annulation de quelques événements culturels, et il a dû reversé cet argent au budget.

Kubiak est acteur et réalisateur de formation, manager culturel et producteur de profession. Il a été entre autres directeur artistique du programme culturel polonais au Festival International des Jeunes à la Havane (1978) et des journées de la culture polonaise à Moscou. Après 1982 il a habité en France où il a dirigé un théâtre à Créteil près de Paris, et a été chargé par le ministre de la culture Jacques Lang de l’organisation du Centre national des arts du cirque à Chalons en Champagne. En 1997 il est rentré en Pologne où il a travaillé pour le consortium ITI et a co-fondé la chaîne de télévision TVN. Depuis juin 2003 il travaille pour IAM en tant que commissaire de la Saison « Nova Polska » en France. Il est également le père de la fondation « les Jardins Musicaux » qui organise au Château royal de Varsovie les festivals musicaux dansants. Le ministère assure que cette décision concernant le changement de directeur n’a aucun rapport avec la future fusion de l’Institut et du Centre National de la culture qui doit avoir lieu en mai. Kubiak occupera les fonctions de directeur jusqu’au nouveau concours pour ce poste. L’organisation de l’établissement sera prise en charge par une entreprise extérieure à l’Institut.
Gazeta Wyborcza, mercredi 23 février 2005


DES SABOTS SUR UN FOND DE MER AGITÉE

Deux siècles auparavant, on prétendait que la Bretagne était le berceau de la culture celte. Bien que cette théorie soit mise en question peu de temps après, la « celtomanie » fut la meilleure promotion de cette région située sur une péninsule rocheuse de l’Océan Atlantique, appartenant administrativement à la France, mais avec ses propres traditions, ses mœurs et sa langue. Depuis, la mode bretonne dure toujours, et l’art en profite le plus.

C’est l’impression que donne l’exposition au Musée National, intitulée « Bretagne et les peintres polonais en Bretagne (1890-1939)», ouverte jusqu’au 28 mars. Passionnante, elle nous apporte en même temps une vision de la Bretagne d’alors. Tout y semblait exotique, « non européen » et, en conséquence, plus inspirant. La côte sauvage et rocheuse semblait en dehors de la civilisation ; avec ses habits caractéristiques - des bonnets pittoresques, des sabots lourds ; avec ses mœurs surprenantes (le repos dans des lits-armoires !) et ses légendes fascinantes.

L’exposition commence avec des travaux de peintres français, enchantés surtout par le paysage breton. Sur les magnifiques lithographies d’Henri Rivière nous pouvons admirer des roches sortant de l’eau sur un fond de ciel nuageux. Cependant les dessins de Charles Cottet, illustrant des scènes de funérailles, rappellent le sort triste des veuves et les dangers guettant les pêcheurs et les marins. Dans les tableaux d’Émile Bernard , ainsi que dans les travaux de son ami Paul Gauguin, nous pouvons apercevoir l’influence des estampes japonaises. Ses paysannes vêtues d’habits pittoresques, prennent des poses gracieuses telles des geishas, et ses paysages manquent de perspective.

Paul Sérusier, un excellent artiste toutefois peu connu en Pologne, présente des tableaux de composition semblable, mais aux motifs différents. Ses travaux ont été appréciés et analysés par Gabriela Zapolska dont la collection fait partie de l’exposition (...)

Nos deux grandes artistes polonaises, Anna Bilinska et Olga Boznanska, ont fait des portraits de jeunes bretonnes où nous reconnaissons deux manières différentes de montrer une même atmosphère sereine (...) Cependant Mela Muter ne trouve en Bretagne que des climats tristes et des couleurs sombres. Ses tableaux expressifs tels que « Vieille bretonne avec un bébé » ou « Le pays triste » témoignent de son inquiétude et de son abattement qui avaient déformé sa vision du monde.

Par contre, les tableaux de Wladyslaw Slewinski, le premier artiste polonais installé en Bretagne, se caractérisent par une tonalité calme. Il avait pris pour modèles des personnes ordinaires, pas très belles, mais réconciliées avec leur sort et faisant face à la vie avec courage. Ces traits de caractère sont également propres au peintre, ce qui est visible sur son « Autoportrait au chapeau breton» de 1912 (…) À cette époque, Sliwinski avait accueilli chez lui un autre peintre polonais, Tadeusz Makowski. Ils ne s’entendaient pas très bien, leurs idées sur l’art étaient différentes. Et pourtant, malgré ces différences, ils percevaient l’art de la même manière. Le chef-d’œuvre de Makowski « Le cordonnier », peint 2 ans avant sa mort, en est la preuve. Le vieillard taillant des sabots de bois est le symbole d’une vie modeste et sincère. Est-ce que nous pouvons l’apprendre uniquement en Bretagne ?
Monika Makowska, Rzeczpospolita, mardi 22 février 2005


Semper Polonia. L'art en Pologne des Lumières au romantisme (1764-1849)

Alors que l'on s'apprête à célébrer l'année du Brésil, Nova Polska, la saison polonaise, se termine. L'une des dernières manifestations se tient encore pour quelques jours au musée des Beaux-Arts de Dijon. On ne s'étonnera pas que la Pologne ait choisi de faire escale dans une ville qui a depuis longtemps manifesté de l'intérêt pour les pays de l'Est. Son musée a en effet consacré ces dernières années plusieurs expositions en coopération avec les pays d'Europe centrale. Prague, Dresde, Budapest ou Saint-Petersbourg furent à l'honneur. C'est aujourd'hui à Varsovie et à Cracovie de s'inviter dans la capitale de la Bourgogne.

Le titre est cependant un peu trompeur. Si l'exposition s'avère riche pour le XVIIIe siècle, le XIXe y est assez modeste. Piotr Michalowski est représenté par plusieurs tableaux. On avait pu voir dernièrement une rétrospective monographique de cet artiste au Musée Eugène Delacroix. L'impression qu'on en retire ici n'est pas vraiment différente. Il s'agit à l'évidence, bien qu'il soit une figure très populaire en Pologne, d'un petit maître. Sa meilleure toile exposée, La bataille de Borodino, fait illusion par son caractère esquissé. En revanche, ses deux portraits équestres de Napoléon sont maladroits. Les quelques autres tableaux que l'on peut voir, dont le Portrait d'Adam Mickiewicz par Walenty Wancowicz (ill.1) qui fait la couverture du catalogue, sont à peine plus convaincants, et il faut la présence d'une aquarelle et gouache d'Ary Scheffer, intitulée Polonia et représentant allégoriquement la Pologne, sous les traits d'une jeune femme piétinée par un cavalier Cosaque, pour donner un peu de force à cette partie consacrée au XIXe siècle. En savoir plus >>>
Didier Rykner, lundi 21 février 2005, ©La Tribune de l'Art


LA VIE NORMALE DE LA RUE

Demain – un concert, et à partir de samedi – une exposition de Pawel Althamer à la galerie Zacheta. Quelques jours avant l’ouverture d’une grande rétrospective de ses œuvres Althamer se retire en laissant la place à un groupe de jeunes des cités de Varsovie.

Son art dépasse les murs des galeries. Althamer organise des actions qui ont pour but d’améliorer l’état d’esprit de la société. Comme celle de « Brodno 2000 » (avec ses voisins il a allumé des lumières dans son immeuble afin de former ensemble le nombre 2000) ou un bal pour les enfants au Centre d’art contemporain. Mais, en même temps, il invente aussi des actions qui n’apportent rien à personne, à part un léger chavirement dans le quotidien, comme par exemple son projet « Film », dont le sujet sera une simple vie dans les rues, minutieusement mise en scène.

Althamer (né en 1967) est diplômé de l’Académie des beaux arts de Varsovie. Il a déjà présenté ses œuvres lors de la Biennale à Venise, la Documenta à Cassel ou la Carnegie International à Pittsburgh. A partir de samedi à la galerie Zacheta nous pourrons nous familiariser avec son art. Cette rétrospective a été transportée du Musée Bonnefanten de Maastricht où elle avait été ouverte jusqu’au mois de janvier. Elle y avait été organisée après que l’artiste ait reçu une très prestigieuse récompense Vincent van Gogh.

L’exposition est composée de deux parties – des sculptures figuratives d’Althamer, et la projection de huit films, réalisés par Artur Zmijewski en 2003, sous un titre général « Des vagues ou les autres phénomènes de la raison ». Ils montrent Pawel Althamer dans une transe narcotique, d’où les titres : « LSD », « Haschisch », « Peyotl », « Magic mushrooms ».

Parmi les sculptures, nous pourrons voir «l’ Autoportrait » qui, en 1993, a fait partie de son diplôme à l’Académie des beaux arts. Elle est faite en paille, en cire et à partir de boyaux d’animaux (...)

Mais ce qui est le plus important commencera demain. A l’invitation de l’artiste, les jeunes viendront pour y faire ce qu’ils voudront. C'est-à-dire, d’abord un concert et puis, de la peinture sur les murs.

Le concert de demain sera une inauguration publique de la collaboration d’Althamer avec des jeunes de banlieues de Varsovie. Les ateliers à la galerie Zacheta, auxquels participent les deux fils adolescents de l’artiste, sont la reprise d’une action similaire de Maastricht (...)

« Je tiens à ce que les jeunes, qui normalement ne seraient jamais aller au musée, aient une bonne raison de s’y trouver et faire quelque chose par eux-mêmes » - dit Althamer. « C’est mon dialogue avec l’école, avec l’étouffement qu’elle provoque chez les jeunes. Je veux qu’ils soient rassurés d’eux-mêmes. » L’ouverture de l’exposition aura lieu vendredi. Pour le concert de demain les jeunes participants des ateliers ont invité DJ Squafander et DJ Radio Error. Nous pourrons voir également le film tourné par Krzysztof Visconti lors de l’action à Maastricht (...)
Dorota Jarecka, Gazeta Wyborcza, lundi 21 février 2005


LE SEXE ET LA CAUSE POLONAISE

« Trans-Atlantique » de Gombrowicz présenté par le théâtre Provisorium et la Compagnie Théâtrale à Lublin – une caricature du patriotisme polonais malheureusement trop exagérée.

Comment faire pour animer le monde de Gombrowicz sur quelques mètres carrés, un décor minimal, à l’aide de quelques acteurs ? Il y a sept ans le groupe de Lublin y a réussi à merveille : son « Ferdydurke » fut une révélation aussi bien du point de vue de l’interprétation que du langage théâtrale. Le nouveau spectacle tiré du roman très célèbre de 1951, n’a plus malheureusement cette force bien qu’il abonde en idées et trouvailles intéressantes.

La mise en scène de Witold Mazurkiewicz et Janusz Oprynski à l’aide de moyens simples mais en même temps très théâtraux, montre le choc des deux éléments qui constituent le monde de « Trans-Atlantique » - l’un, polonais, l’autre, argentin. L’excellente scénographie de Jerzy Rudzki se compose d’un palmier autour duquel roule une carriole. Ce véhicule, entièrement couvert de bagages et d’insignes de caractère polonais (comme un tableau de La Sainte Vierge ou un portrait d’un noble polonais), est en même temps le paquebot « Chrobry » à bord duquel Witold Gombrowicz (Jaroslaw Tomica) se dirige vers Buenos Aires, et une métaphore de la Pologne des émigrés, tentés par le nouveau monde.

En ce qui concerne l’adaptation de « Trans-Atlantique », elle touche juste : le milieu des fonctionnaires et des aristocrates polonais a été réduit à un seul personnage, interprété par Jacek Brzezinski. Le sujet principal est la querelle entre la Patrie et la « Filistrie », c’est-à-dire, entre l’anachronisme du patriotisme polonais et l’envers de cet esprit patriarcal, l’exotisme du Nouveau Monde qui attire tous les sens. Ces deux forces sont représentées par deux personnages : un vieux soldat Tomasz (Michal Zgiet) et Gonzalo (Witold Mazurkiewicz) – un gay qui drague Ignacy (Rafal Sadownik), le fils de Tomasz. Les deux sont caricaturés : le premier, vêtu d’une armure hussarde, brandit un grand crucifix comme si c’était une arme, l’autre, vêtu d’un pantalon en cuir, porte au niveau du bas-ventre une grande cloche de vache qu’il touche avec ambiguïté.

Dans « Trans-Atlantique », Oprynski et Mazurkiewicz mettent en relief une rencontre de deux symboliques : nationale et sexuelle, qui est aujourd’hui d’une très grande actualité. Puisque c’est justement la sphère de mœurs qui est devenue l’arène principale où le patriotisme et le nationalisme polonais se manifestent fortement. Les protestations contre les parades gays, les expositions controversées s’élèvent aujourd’hui au rang de batailles défendant les valeurs nationales, ce qui est parfaitement montré dans le spectacle.

Cette représentation aurait pu être du grand théâtre, si ce n’était le jeu des acteurs qui abaisse considérablement le niveau du spectacle. Le style de jeu, basé sur le physique, tout à fait à propos dans les spectacles précédents, ici, est devenu un signe du mauvais et vieux théâtre. Les acteurs essaient à tout prix de faire rire le public, en se donnant des coups de pied, en faisant des grimaces, en criant à tue-tête au lieu de mener une conversation. C’est la façon de jouer dans les pièces de boulevard, mais pas dans le théâtre de Gombrowicz qui, ainsi, perd toute son ironie et sa richesse intellectuelle.

Bien que la représentation ait été réalisée par deux personnes, il lui a manqué un vrai metteur en scène qui aurait pu arrêter cette offensive. Le public, inondé de gags, n’a pas une grande envie de rire, il réagit seulement au jeu de Mazurkiewicz. Son Gonzalo, portant une cloche comme fardeau de son homosexualité, est la meilleure composition du spectacle.
Roman Pawlowski, Gazeta Wyborcza, lundi 14 février 2005


Bartoszewski : «Pas de recette contre la bêtise ou le mensonge»

Historien, ancien chef de la diplomatie polonaise, prisonnier politique à Auschwitz en 1940-1941, Wladyslaw Bartoszewski, 83 ans, préside le Conseil international du musée d'Auschwitz-Birkenau. Il fait partie aussi des 6 000 Polonais reconnus «justes» par l'institut Yad Vashem. Wladyslaw Bartoszewski était hier à Paris pour inaugurer avec Simone Veil la conférence intitulée «Les Juifs et la Pologne» (jusqu'au 15 janvier à la Bibliothèque nationale de France).
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Arielle Thedrel, Le Figaro, vendredi 14 janvier 2004


Les ambiguïtés du peuple polonais face à la Shoah

Ouvrir les célébrations du soixantième anniversaire de l'entrée des troupes soviétiques dans le camp d'Auschwitz, le 27 janvier 1945, par une conférence à Paris sur "Les juifs et la Pologne, 1939-2004" peut paraître insolite. Ce colloque aura l'avantage de faire connaître au public l'existence d'une historiographie polonaise sur la Shoah.

Cette historiographie, dit Jacek Leociak, de l'Institut d'histoire littéraire de la Pologne, est faite de "livres désagréables", "au ton plus perçant et plus acide que jadis", heurtant parfois de front une opinion publique souvent réticente, parce qu'elle se voit forcée à "accepter que le peuple polonais n'ait pas seulement joué dans l'histoire le rôle de la victime, mais parfois aussi celui du persécuteur".

C'est aussi l'anthropologue Joanna Tokarska-Bakir qui parle de l'"obsession polonaise de l'innocence", tandis qu'une autre intellectuelle, professeur de littérature, Maria Janion, jugeait récemment que la Pologne avait sur ce sujet besoin d'une "solide psychanalyse".

Une dizaine de ces spécialistes seront pour la première fois rassemblés à la BNF, du jeudi 13 au samedi 15 janvier. La conférence sera close par une rencontre avec Marek Edelman, l'un des derniers survivants des révoltés juifs du ghetto de Varsovie, resté en Pologne après la guerre.
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Nicolas Weill, Le Monde, jeudi 13 janvier 2004


Neuf films pour représenter Auschwitz

La Bibliothèque nationale de France présente, sous le titre "Filmer Auschwitz - Filmer à Auschwitz" neuf films, français et polonais, réalisés entre 1948 et 2004, qui évoquent la réalité de ce camp, et, pour la plupart d'entre eux, le processus d'extermination des juifs, dont Auschwitz sera, tardivement, devenu le symbole.

La diversité esthétique de ces œuvres, pour la plupart d'une grande valeur, appelle deux constats. Il y a d'abord le problème particulier posé au cinéma par la Shoah : soit l'effacement quasi total des traces du processus dont on veut rendre compte. Cet effacement suscite précisément une variété des formes, qui sont autant d'interrogations sur la représentation d'une telle absence. Et puis on ne saurait a priori condamner en soi tel ou tel genre ou méthode ; la seule pertinence d'une œuvre qui se confronte à un tel sujet réside dans sa capacité à faire pressentir l'insondable secret de ce qui n'aura jamais existé que sous le regard des bourreaux et des victimes.
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Jacques Mandelbaum, Le Monde, jeudi 13 janvier 2004


LES QUATRE AVEC MENTION TRES BIEN

En Pologne comme à l’étranger, on a beaucoup parlé l’année dernière, du supergroupe Azorro, auteurs de films vidéo. Aucune exposition importante d’art polonais à l’étranger ne peut se passer d’eux. Ces derniers mois, ils ont entre autres participé à la Saison Polonaise en France, ils ont été des éclaireurs de la Saison Polonaise en Allemagne et en Russie, participé à « Vidéo-Zone », le 2e Festival International de la Vidéo en Israël, et au panorama « New Video New Europe » à la Tate Gallery de Londres. En plus, ils ont été nominés pour représenter la Pologne à la Biennale d’Art de Venise cette année.

Azorro, notre marchandise d’exportation infaillible, ne néglige pas non plus ses présentations en Pologne. Combinaison du héros et du chien bâtard. Ils créent des films vidéo d’après leurs scénarios, avec leur propre participation. Jusqu’à présent, ils en ont fait 14. Certains rappellent des sketches et durent moins de deux minutes ; d’autres de para-fiction, prennent près d’une heure. « En fait, ce ne sont pas des films » corrige Wojciech Niedzielko. « Ce sont plutôt des performances devant la caméra, des actions fondées sur l’improvisation. Nous ne répétons jamais les scènes, nous les faisons une seule fois ». Ils ont commencé à agir en commun en 2001 ; un an plus tard, ils se sont présentés en public. Ils se sont annoncés comme un supergroupe, comme un groupe de musique composé de vedettes : chacun avait déjà un parcours artistique riche, s’intéressait à des techniques et à des médiums différents. Pourquoi donc ont-ils créé un groupe ?

« Dans chaque artiste il y a le désir de réaliser quelque chose qui s’écarte de son image qu’il a lui-même créée, même quelque chose d’idiot » explique Igor Krenz. Ils se sont nommés Azorro : une combinaison de Zorro et d’Azorek, du héros mystérieux et du chien bâtard de campagne. Ils sont partis à la conquête de l’Europe et ils ont remporté du succès puisqu’ils sont exceptionnels : sur le fond d’un art pompeux et mortellement sérieux, ils se distinguent par leur légèreté, leur intelligence et leur sens de l’humour. « La seule solution c’est rire de la réalité » pense Oskar Dawicki. « Sur notre latitude, le sens de l’humour s’est perdu, alors on le réanime ».

Ils ne font pas les acteurs. Ils évitent les clowneries. Ils sont sérieux. Leur stratégie consiste à jouer les naïfs et les innocents. Leur attitude : la foi et l’enthousiasme pour l’art, l’acceptation des tous les phénomènes culturels, la bienvaillance pour autrui. Et cet excès d’optimisme justement fait que la réalité dans leur interprétation semble irréelle, tandis que leur sérieux se transforme en comique. « Bardzo nam sie podoba » [« Nous aimons bien »] était le titre de leur premier film. La trame est apparemment banale : ils ont visité différentes galeries polonaises et commenté chaque exposition de la même manière (cf. le titre). Toujours avec la même expression impénétrable du visage. Une allusion aux discussions polonaises sur l’art, qui se déroulent de manière analogue sans rien apporter. « Ce film est né spontanément, en deux jours » évoque Niedzielko. « Nous ne prévoyions pas de faire une autre production commune, mais nous avons bien aimé la première…

L’Européen modèle
Bien qu’ils ne parlent de rien directement, leurs films (restons sur ce terme) mettent à nu les stéréotypes qui fonctionnent dans l’art et dans la culture contemporaines. Dans le film « Portret z kuratorem w tle » [« Portrait avec un curateur au fond »] (2002), ils montrent par exemple comment faire carrière. L’action se déroule dans des galeries lors des vernissages. Les Azorro apparaissent dans la foule des invités et ils posent pour les photos comme des touristes à côté des monuments. Derrière leur dos, on voit passer des personnalités de la scène artistique polonaise, dont les noms sont cités en bas de l’écran. A la fin, apparaissent les adresses et les numéros de téléphone des Azorro : au cas où quelqu’un chercherait à les contacter. Une brève étude qui caractérise pourtant bien les gens avides du succès, qui considèrent comme une norme l’auto-publicité et la mise à profit des connaissances avec les VIP. Ils se moquent également de l’idéal du « vrai Européen ». Dans « Pyxis systematis domestici Quod video dicitur », un travail réalisé il y a plus d’un an, les membres du supergroupe apparaissent en vrais Européens. Sur le trajet Cracovie – Vienne, ils communiquent sans peine avec tout étranger. La langue commune est… le latin, langue paraît-il depuis longtemps oubliée. « Nous ne nous sommes pas servis d’un doublage, mais d’un système d’antisèches placées dans tous les endroits possibles » avoue Niedzielko. « En plus, il y avait avec nous, à bord, un latiniste de l’Université Jagellonne, qui veillait à ce que notre prononciation rappelle la langue classique ». J’apperçois dans ce film un double message. Premièrement, il parle de nos racines culturelles communes ; deuxièmement, il montre que tous ceux qui ont été élevés dans la tradition européenne, emploient un langage commun, celui du corps. Il est seulement dommage que nous oublions ses significations.

Jusqu’à ce que ça marche
Pour le moment, ils ne manquent pas d’idées. Même la constatation « Wszystko juz bylo » [« Tout a déjà été dit »] s’est révélée pour eux un sujet digne d’une création cinématographique (2003). Nous voyons les membres du groupe renchérir, lors d’un brainstorming pour des idées de nouvelle création, mais les conceptions successives sont rejetées car « tout a déjà été dit ». A Paris, dans l’exposition « De ma fenêtre », est présentée (jusqu’au 28 février ») leur dernière réalisation « Cos tu nie gra » [« Il y a là quelque chose qui ne marche pas »] : une visite du Louvre, avec les chefs-d’oeuvre montrés dans le miroir. N’ayant pas remarqué ce renversement pratiquement tout le monde reçoit les commentaires du groupe (« Il y a là quelque chose qui ne marche pas » répètent-ils) comme l’expression de leur déception par la réalité qui est différente de la projection de l’imagination.

Peut-on vivre de ce genre d’activité artistique ? Les membres du supergroupe détrompent tous ceux qui pensent que les artistes au top, comme Azorro, nagent dans l’opulence. « Nous ne savons pas nous-mêmes par quel miracle nous nous maintenons » s’étonne Oskar Dawicki. « En plus, nous plaçons ‘l’argent jamais gagné’ dans les films ». Ils ne se vendent pas car il n’y a pas en Pologne de marché pour ce genre d’art. Jusqu’à présent, seule Monika Szewczyk, responsable de la galerie Arsenal à Bialystok, a acheté leur travail pour la collection de sa galerie. Mais le manque de fric ne les préoccupe pas. Ils ont l’intention de collaborer sous l’enseigne d’Azorro tant que le supergroupe ne devienne pas pour eux un fardeau. Alors, ils se sépareront. Sans regret.
Monika Malkowska, Rzeczpospolita jeudi 13 janvier 2004


Stanislas, le bienfaiteur de la Lorraine

Si l'année de la Pologne en France vient de s'achever, la ville de Nancy ne tourne pas le dos pour autant à la terre natale du roi Stanislas Leszczynski. En choisissant de célébrer dignement les deux cent cinquante ans de sa place royale, plus connue aujourd'hui sous le nom de place Stanislas, la cité ducale vient de donner le coup d'envoi aux festivités «Nancy 2005, le temps des Lumières».

Dans le décor du Musée lorrain, se tient une magnifique exposition au titre évocateur : «Stanislas, un roi de Pologne en Lorraine.» Née d'une étroite collaboration entre la France et la Pologne, cette exposition codirigée par Martine Mathias, à l'époque conservateur en chef au Musée lorrain, et le professeur Andrzej Rottermund, directeur du Château royal de Varsovie, rend hommage au premier roi de Pologne européen avant la lettre, l'année même de l'entrée de son pays dans la Communauté européenne. Cette première rétrospective consacrée au roi Stanislas, qui permet de confronter les dernières recherches historiques menées aussi bien en France qu'en Pologne, affine le portrait d'un souverain des Lumières, longtemps caricaturé de roi d'opérette.
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Anne Muratori-Philip, Le Figaro, samedi 8 janvier 2004


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