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Nova Polska, une Saison polonaise en France

La Saison polonaise en France proposera au public de notre pays, de mai à décembre 2004, plus de cinq cents manifestations dans toutes les disciplines de l’art et de la culture. La programmation répond à un triple objectif : montrer l’ancrage européen de la Pologne, rendre compte de la relation singulière, intellectuelle et artistique, qui unit nos deux pays, proposer un état de la création des quinze dernières années qui puisse révéler aux français l’ampleur des bouleversements qu’a connu la Pologne depuis 1989.

Les expositions
Le programme des expositions montrera comment les grands mouvements intellectuels et artistiques des deux derniers siècles, ont rythmé l’histoire commune de la Pologne et de l’Europe. Il permettra au public français de faire un constat : bien avant son intégration dans l’Europe, la Pologne était déjà un pays européen.

Le Romantisme polonais sera présenté au Musée des Beaux Arts de Dijon en novembre ; le symbolisme sera, quant à lui, au Musée des Beaux Arts de Rennes en octobre.

Le mouvement Jeune Pologne, qui, à l’aube du XXe siècle, recherchait les fondements d’un renouveau artistique polonais, sera évoqué à travers deux monographies consacrées à deux peintres importants de cette période : Mehoffer au Musée d’Orsay, qui orienta ses recherches vers la maîtrise de la forme ; Wojtkiewicz, peintre de l’imaginaire, exposé au Musée de Grenoble (mars), dont les figures d’enfants, qui traversent toute son œuvre, représentent la relève et l’espoir de la nation, face aux adultes trop tournés vers le passé, qui pleurent le pays perdu.

Les avant-gardes historiques, en particulier le Conctructivisme et l’Unisme – dont les principaux protagonistes - Malevitch, Strzeminski, Kobro - eurent tous un lien étroit avec la Pologne – seront présentées dans plusieurs expositions, au Musée national d’art moderne, à l’Espace de l’art concret à Mouans-Sartoux, à l’Espace des arts de Toulon et à la Galerie Denise René, qui reconstituera à l’identique sa fameuse exposition de 1957, « Précurseurs de l’art abstrait en Pologne ». Les grands artistes au talent multiforme, à la fois plasticiens, écrivains, dramaturges, théoriciens, si caractéristiques de l’art polonais du XXe siècle seront, eux aussi, largement présentés, de Witkacy (dans plusieurs musées, dont ceux de Nancy et de Nantes) à Bruno Schulz, auquel le Musée d’art et d’histoire du judaïsme consacrera une exposition à Paris.

Plusieurs manifestations permettront de faire un bilan dans certains domaines comme le graphisme (rétrospective Cieslewicz à Chaumont) ou le design (la Biennale de St-Etienne invitera cette année la Pologne).

Enfin, il sera proposé au public un vaste état de la création des 20 dernières années. De multiples expositions personnelles seront ainsi consacrées à Opalka (Tours et Tourcoing), Abakanowicz (Paris et Comar), Mitoraj (jardin des Tuileries à Paris), Balka (Strasbourg), Kozyra (Centre National de la Danse à Pantin), Sosnowska ( Villa Arson à Nice). Par ailleurs, plusieurs expositions collectives – à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, au centre d’art Le Plateau, au Passage de Retz – permettront au public de la capitale de mettre en perspective la scène artistique polonaise d’aujourd’hui.

Ces nombreuses expositions seront aussi l’occasion de mettre à l’honneur les principales collections polonaises : celles du Château royal de Varsovie, du Palais de Wilanow, des Musées nationaux de Varsovie, de Cracovie ou de Poznan ou encore du Museum Sztuki de Lodz, qui fut le premier Musée d’art moderne de l’histoire, fondé par des artistes polonais, Strzeminski et Kobro. Les collections privées seront, elles aussi, présentées : la Saison rappellera le rôle des mécènes et des collectionneurs privés qui, alors que le pays était occupé par les puissances impériales au XIXe siècle, contribuèrent activement à la constitution du patrimoine polonais. L’exposition Belloto au Louvre, parmi d’autres, en rendra compte.

Le théâtre
Le public français connaît déjà la qualité et la richesse du théâtre polonais. Il en connaît aussi la spécificité, fruit à la fois de sa situation singulière de lieu de résistance et d’engagement (souvenons-nous que la contestation politique du régime en 1968 a commencé dans un théâtre, lors d’une représentation des Aïeux) ; spécificité polonaise qui résulte aussi des recherches formelles et théoriques des grandes personnalités qui l’ont marqué.

Nos compatriotes avaient, en leur temps, acclamé Kantor et Grotowski et plus récemment Lupa. Il découvriront, pendant la Saison, une sélection significative du théâtre polonais actuel, tant en ce qui concerne les œuvres, que les metteurs en scène et les institutions théâtrales polonaises.

Les œuvres importantes du répertoire polonais seront proposées : textes historiques et fondateurs comme Yvonne, princesse de Bourgogne (mis en scène par Philippe Adrien) et Ferdydurke de Gombrowicz, ou encore La Mère (mis en scène par Marc Paquien) et Dinguerie tropicale de Witkacy, mais aussi des pièces contemporaines, notamment dans le cadre du mois du théâtre polonais à Paris en novembre. Les jeunes metteurs en scène polonais seront aussi confrontés aux œuvres de Sarah Kane ou de Thomas Bernhard.

Les principaux metteurs en scène polonais seront programmés : Lupa (Kalkwerk au Théâtre National de Strasbourg) ; Warlikowski, dont la notoriété internationale est déjà établie (Les Purifiés, Le Dibouk) ; Jarzyna, autre jeune metteur en scène talentueux, qui fut l’assistant de Lupa (Psychosis, Dinguerie tropicale).

Par ailleurs – là est aussi l’intérêt d’une saison étrangère - plusieurs grands théâtres polonais seront mis à l’honneur, avec des productions originales surtitrées : Théâtre Rozmaitosci de Varsovie (la dernière représentation du Dibouk, mis en scène par Warlikowski au Bouffes du Nord, ouvrira symboliquement la Saison, dans la nuit du 30 avril au 1er mai) ; Stary Teatr de Cracovie (Kalkwerk) ; Teatr Provisarium de Lublin (Ferdydurke).

Musique classique et contemporaine
C’est également un domaine où la Pologne, dotée d’une riche tradition, excelle. La Saison fera une large place aux nombreux compositeurs de talent du XXe siècle : Szymanowski ( dont le Stabat Mater sera joué à Notre Dame) ; Penderecki (son œuvre emblématique, Les 7 portes de Jerusalem, sera jouée à Paris et Rouen) ;Lutoslawski sera, lui aussi très présent (à Nantes et ailleurs).

Chopin sera, quant à lui, célébré par un véritable « feu d’artifice », notamment dans la capitale, où sera reconstitué le dernier concert qu’il y donna en 1848. La très grande qualité des interprètes polonais, moins connue des français, sera mise en valeur, à travers la présence de nombreux chefs d’orchestres (Jacek Sykulski, Stanislaw Skrowaczewski), solistes (les pianistes Dubravka Tomsic ou Magdalena Zuk , le violoniste Jakub Jakowicz), chanteurs et cantatrices comme Dariusz Paradowski ou Ewa Podles.

Une grande variété de formations musicales seront invitées en France tout au long de la Saison : grands orchestres symphoniques (Orchestre symphonique nationale de la radio de Katowice, Philharmonies de Varsovie et de Poznan) ; quatuors (Szymanowski, Dafo…) ; orchestres de chambre (Concerto Polacco) ; ensembles vocaux (Camerata Silesia) ou baroques (Il Tempo).

Les musiques actuelles
Très mal connues en France, elles constitueront une des surprises de la Saison, en révélant combien la Pologne a changé depuis 15 ans. La Saison montrera la grande diversité des musiques actuelles polonaises : musiques électroniques savantes (Kasper Toeplitz, Krzysztof Knittel…) ; musiques traditionnelles revisitées par les sonorités nouvelles (Cracow Klezmer Band à Lille) ; scènes électronique (Fisz, Robotobibok, Pink Freud), hip-hop et DJ (Skalpel).

Le cinéma
C’est l’un des aspects de la culture polonaise les mieux connus en France. Les films de Wajda, Kieslowski, Zulawski, Polanski ont toujours attiré un large public dans notre pays.

Le volet « cinéma » de la Saison s’articulera autour de deux axes. Un panorama du cinéma polonais actuel, qui circulera dans de nombreuses villes, permettra de faire le point sur la nouvelle génération de cinéastes qui émerge depuis une dizaine d’années, sans avoir encore atteint une notoriété internationale : Malgorzata Szumowska, Dariusz Gajewski…Une dizaine de films seront ainsi présentés en V.O. sous-titrée pendant environ quatre mois, à partir d’octobre.

En outre, diverses rétrospectives seront organisées, autour de cinéastes (Intégrale W. Has à la Cinémathèque en mai, rétrospective Skolimowski à Bobigny, œuvres documentaires de Kieslowski au festival Paris Cinéma en juin-juillet) ou selon diverses thématiques : film d’animation au Centre Georges Pompidou en octobre, courts métrages au Fresnoy à Tourcoing en novembre ; films sur l’art à l’auditorium du Louvre en novembre ; programmation polonaise dans le cadre de Documentaire Sur Grand Ecran à l’Espace Saint-Michel à Paris en automne.

Livre et colloques
Ce sera un volet important du programme de la Saison, qui mettra en valeur différents aspects de la littérature et de la pensée polonaises. Le programme éditorial de Nova Polska est particulièrement riche : publication de nouveaux livres, comme par exemple l’ABCédaire des relations franco-polonaises (direction : Bronislaw Geremek) aux Editions Noir sur Blanc (automne) ou encore Ecrits d’artistes polonais, éditions de l’ENSBA ; nombreuses traductions (Correspondance Giedroyc-Gombrowicz, parue chez Fayard, Inédits de Gombrowicz, Archives Ringelblum chez Fayard, Entretiens avec Lupa, chez Actes-Sud en mai, Bibliographie Bruno Schulz (La grande hérésie, Jerzy Ficowski) parue chez Noir sur Blanc.

La Saison s’attachera aussi à révéler au public français la littérature de l’après-1989. Libérée de sa mission politique et du fardeau de la conscience nationale, cette littérature en est peut-être plus accessible aux lecteurs de notre pays. Hanna Krall, dont le Dibouk, mis en scène au théâtre par Krzystof Warlikowski ouvrira la Saison, Antoni Libera, l’auteur remarqué de Madame, Adam Zagajewski, Magdalena Tulli, Marek Bienczyk, Olga Tokarczuk, ou encore Dorota Maslowska, dont le roman Polococktail party fut, en Pologne, un retentissant succès de librairie, viendront ainsi, parmi bien d’autres, donner un reflet plus fidèle de la littérature polonaise contemporaine.

Les 60 colloques, rencontres, conférences, débats, organisés pendant la Saison, apporteront de multiples éclairages sur la Pologne, tout en fertilisant à plus long terme, le terrain des relations intellectuelles entre nos deux pays.

L’histoire, du monde carolingien (à Poitiers) aux défis de l’entrée dans l’Europe (IFRI à Paris, IEP de Dijon), en passant par la relation avec la France ou avec les communautés juives, y sera largement évoquée.

Diverses initiatives contribueront à rendre compte de la Pologne contemporaine : cycle de conférences de l’Université de tous les savoirs, colloque au Louvre sur les métamorphoses de l’identité polonaise…

La littérature (nombreux colloques sur Gombrowicz dans le cadre du centenaire de sa naissance, à Paris, Lille, Toulouse, Dijon, Vence), la poésie (INALCO et Maison de la poésie), les arts plastiques (rencontres de l’AICA au Centre Georges Pompidou en novembre), le théâtre (autour de Rozewicz, Grotowski ou Lupa), mais aussi la philosophie (Twardowski à l’Ecole Nationale Supérieure d’Ulm, Kolakowski à l’Université de Nanterre), ainsi que les sciences humaines (Regards croisés sur l’Afrique à l’Institut Polonais à Paris), viendront enrichir notre compréhension de la Pologne. Les sciences « dures » seront, elles aussi, représentées, notamment lors de l’hommage qui sera rendu à Marie Curie au Plateau d’Assy.

Projets Grand public
Enfin plusieurs événements sont destinés au grand public. Ainsi, dans le cadre de Lille 2004, capitale européenne de la culture, un « Monde parallèle » sera consacré à la Pologne, offrant au public de la Ville représentations de théâtres, concerts, expositions, spectacles de rue… La Pologne sera cette année, invitée officielle du Prix de Diane-Hermès, mettant à l’honneur ses riches traditions équestres : cavalerie, uhlans, élevage de chevaux arabes…

La première édition du Festival de la culture juive de Cracovie fera connaître aux parisiens Kazimierz (quartier juif de Cracovie), le plus grand quartier juif préservé en Europe centrale.

L’événement « Paris joue Chopin » visera à faire résonner la musique du célèbre compositeur dans les « lieux de mémoire »associés à sa vie parisienne : place Vendôme, square d’Orléans, cimetière du Père-Lachaise… Enfin, un kiosque ambulant (« La Pologne près de toi ») apportera au public parisien, à la station de métro Auber et au jardin des Tuileries, des informations fondamentales sur la Pologne et sur Nova Polska.

Au total, cette programmation très riche, permettra au public français de prendre la mesure des changements profonds qui ont transformé la Pologne ces 15 dernières années, tout resituant ces changements dans une histoire plus longue, celle des grands mouvements qui ont marqué l’art et la pensée dans ce pays depuis des siècles.

Guy Amsellem et Ryszard Kubiak, commissaires généraux de Nova Polska