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![]() Arts visuels "Antoni Rzasa - Exposition des sculptures" Fontevraud, Centre culturel de rencontre de l'Abbaye Royale de Fontevraud du 1er septembre au 2 novembre 2004 Le Centre culturel de rencontre à l'Abbaye Fontevraud inaugure en 2004 un programme de présentations de l’art sacré au sens large du terme.
L'exposition des sculptures de Antoni Rzasa, organisée dans le cadre du programme, se composera d’environ 30 ouvrages représentant les périodes principaux de la création de l’artiste, dont quelques sculptures qu’il n’a pas pu achever. L’exposition sera accompagnée d'une présentation de portraits photographiques de l’artiste et d’un catalogue. Né en 1919 à Futoma, Antoni Rzasa étudie au Lycée des Beaux-Arts à Zakopane. Il en sort diplômé en 1952 et commence alors une activité d’enseignant et de sculpteur. Son œuvre est essentiellement faite de Christ et de Pieta en bois qui expriment un étonnant mélange de sérénité, de hiératisme, d’indolence et de douleur. Profondément croyant, Antoni Rzasa est le premier sculpteur de la Pologne d’après la seconde guerre mondiale à rompre avec la traditionnelle iconographie religieuse, parfois figée et doucereuse, en l’imprégnant de son propre vécu humain et de sa réflexion sur la souffrance de l’homme au XXe siècle. En 1962, il effectue son unique voyage à l’étranger, en Italie, en tant que boursier du ministère de la Culture. En 1974, il entreprend la construction de sa galerie, à Zakopane, dont l’ouverture a lieu deux ans plus tard et qui abrite aujourd’hui encore l’essentiel de ses œuvres. Mais la maladie ronge déjà l’artiste, désormais incapable de sculpter. Antoni Rzasa s’éteint en 1980. De 9 h à 18 h 30 (septembre), et de 10 h à 17 h 30 (à partir d’octobre) La forêt de Christ d'Antoni Rzasa Zakopane, dans les montagnes des Tatras polonaises, c'est une maison, comme il se doit, en bois. Modeste. Mais celui qui y pénètre est comme envoûté par l'atmosphère du lieu, où, dans chaque pièce, des êtres façonnés dans le bois semblent attendre à jamais celui qui les a enfantés : le sculpteur Antonin Rzasa, figure haute, humaine et solitaire de l'art polonais du XXe siècle. En 1974, ce sculpteur singulier qui n'a jamais voulu vendre une seule de ses oeuvres avait entamé la construction de cette maison-galerie. Elle s'est ouverte deux ans plus tard. Malade, l'artiste ne pouvait déjà plus sculpter, il est mort en 1980. Son fils Marcin, lui-même sculpteur fort doué, a pris le relais. (...) Restant fidèle à la volonté de son père, il n'a fait commerce d'aucune de ses oeuvres, si bien que cette maison-galerie abrite un incroyable trésor. La pièce la plus impressionnante étant le grenier, où les oeuvres, non exposées en bas, entreposées à la diable, s'entremêlent dans un impressionnant foutoir. Une forêt de Christ, de pietà filiformes, de vierges au triple visage, des bras tendus coudes au corps. Des sujets que l'on retrouve dans les oeuvres exposées à partir de ce week-end à l'abbaye royale de Fontevraud. Toute l'expression de ces sculptures se concentre dans le visage, et parfois les bras, qui en sont comme le prolongement. Le corps n'est qu'un tronc étroit (le socle du visage), les pieds apparaissant comme des pieux, comme s'ils s'apprêtaient à enraciner ces faits nés d'un arbre, dans le sol d'où ils viennent. Une oeuvre prenante. On songe aussi bien aux sculpteurs anonymes et primitifs des saints en bois les plus rustiques du Moyen Age européen, qu'à un Giacometti polonais converti au chêne et au tilleul. L'erreur serait de cataloguer Rzasa comme "artiste catho" les sbires de l'ex-régime polonais d'avant la chute du Mur le traitaient déjà de "faiseur de saints" même si certaines de ses oeuvres figurent en bonne place dans une église de Nowa Huta, le quartier ouvrier de Cracovie, foyer de l'agitation au temps de Solidarnosc. Antonin Rzasa est le contraire d'un cul-bénit et d'un sculpteur de bénitier. La figure du Christ est, pour lui, celle de la souffrance de l'homme poussée à l'extrême, de tous les hommes "foudroyés d'humanité", selon ses propres termes. Ces figures christiques (extraordinaire série des martyrs d'Auschwitz) apparurent quand, impuissant à enrayer la maladie de son maître, le professeur Antoni Kenar, il ne put faire que sculpter cette souffrance. Au demeurant, Rzasa associe l'homme qui souffre et l'arbre qui, lui aussi, souffre. "L'arbre qui grandit dans de mauvaises conditions, exposé au vent et à bien d'autres choses, est aussi tordu que l'homme qui lutte pour sa vie", disait-il. Un motif insistant, obsédant, irréductible. "Ce que je crains comme le feu dans mon travail, disait-il encore, c'est de tomber dans la manière, j'ai décidé de sculpter sans modèle, poussé par mon imagination, par l'inspiration, de faire chaque sculpture comme si c'était la première de ma vie." (...) Jean-Pierre THIBAUDAT, Liberation jeudi 2 septembre 2004 Illustrations (fot. Juliusz Sokolowski): Jean-Pierre Armengaud, directeur de l’Abbaye royale de Fontevraud Marcin et Magdalena Rzasa, Fundacja im. Antoniego Rzasy Abbaye royale de Fontevraud 49590 Fontevraud l’Abbaye Tél. 02 41 51 73 52 http://www.abbaye-fontevraud.com |