wersja polska

Discours* de Monsieur Jean-Jacques Aillagon
Ministre de la Culture et de la Communication
Conférence de presse NOVA POLSKA, une saison polonaise en France

Paris, le 16 mars 2004


*seul le discours prononcé fait foi.

Messieurs les Ministres des affaires étrangères ,
Monsieur le Ministre de la culture de Pologne et cher Waldemar,
Messieurs les Commissaires,
Mesdames, Messieurs,

C’est aujourd’hui avec un immense plaisir que je retrouve mon homologue Waldemar Dabrowski, à qui j’avais rendu visite à Varsovie, il y a près d’un an, en compagnie de nombreux opérateurs culturels pour préparer la Saison polonaise. Nous avions alors esquissé plusieurs projets, dont celui d’un parcours polonais au Centre Georges Pompidou. Mais beaucoup restait encore à faire. En quelques mois d’immenses progrès ont été accomplis, puisque la saison présente aujourd’hui plus de 500 évènements. La préparation d’une Saison est souvent porteuse de préoccupation, d’angoisse, parfois de frustration. Et puis lorsque la Saison s’ouvre, comme par enchantement, ces inquiétudes laissent place à la découverte et à la culture.

Nous abordons aujourd’hui cette phase heureuse, à la rencontre d’une grande culture. Une culture guidée par l’esprit, dont la création artistique et intellectuelle polonaise se nourrit encore aujourd’hui : un esprit vif qui questionne, un esprit novateur qui bouscule, un esprit frondeur qui permet la résistance. Je pense, tout simplement, et dans le désordre, aux grands écrivains, Gombrowicz, Schulz, et Witkiewicz, aux compositeurs, Chopin hier, Penderecki et Kilar Gorecki aujourd’hui, aux metteurs en scène, Kantor, Krystian Lupa et Warlikowski, aux cinéastes, Wajda et Kieslowski, aux peintres, le symboliste Josef Mehoffer notamment, ou encore aux artistes plasticiens contemporains, Opalka et Miroslaw Balka. Et la liste est encore longue.

Tous ces grands noms seront célébrés dans le cadre de la Saison : je citerai en particulier l’exposition « les trois mousquetaires » du Musée des Beaux Arts de Nancy consacrée aux monstres sacrés Gombrowicz - dont c’est d’ailleurs le centenaire de la naissance-, Schulz et Witkiewicz, l’exposition du Musée d’Orsay dédiée à l’œuvre de Josef Mehoffer, celle du Beaux Arts de Rennes qui offre un panorama plus général du symbolisme polonais ou celle du Musée des beaux Arts de Dijon qui retrace la peinture polonaise des Lumières au Romantisme. Les arts de la scène seront également nourris des grandes figures polonaises : on pourra voir au Théâtre de la Tempête, dans la mise en scène de Philippe Adrien, « Yvonne, princesse de Bourgogne » de Gombrowicz, au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, dans la mise en scène de Marc Paquien, « La mère » de Witkiewicz, ainsi que les grands ensembles musicaux et orchestraux polonais, l’orchestre symphonique national de la radio de Varsovie au Châtelet, l’orchestre de l’opéra de chambre de Varsovie au Festival Ile de France.

Cette saison est également placée sous le signe de la diversité puisque la culture polonaise est avant tout une culture métissée. « République des trois nations » dès sa constitution, la Pologne est restée jusqu’à la seconde guerre mondiale, une terre catholique, juive et chrétienne d’orient. La Saison Polonaise met en valeur ces influences : culture italienne de la renaissance, juive, allemande, lituanienne, ukrainienne. L’ouverture de la Saison par la représentation du Dibbuk - texte de l’écrivain juif originaire de Biélorussie, Sholem An-Ski enrichi d’une nouvelle de la jeune auteur juive Hanna Krall - mis en scène par Warlikowski, aux Bouffes du Nord, et la 1ère édition à Paris du festival de la culture juive de Cracovie, rendent hommage à l’apport de la culture juive dans la création polonaise. La grande exposition consacrée aux œuvres de Bernardo Bellotto - dit Canaletto - souligne l’attrait des artistes italiens pour la Cour de Pologne.

« Nova Polska », par son titre même, se veut également un rupture. Toute la subtilité de la programmation, voulue par les deux commissaires, est d’avoir évité le piège d’une Pologne sans surprise, parce que trop proche et familière. Ils ont souhaité, au contraire, nous offrir un autre regard sur ce pays, une compréhension renouvelée de sa culture. C’est ainsi que le public français pourra découvrir le bouillonnement de la scène artistique contemporaine polonaise à l’institut National des Beaux Arts de Paris et au Centre d’Art contemporain du Plateau, le renouveau du cinéma polonais dans plusieurs cinémas à Paris et en Province, ou l’inventivité de la scène des musiques actuelles notamment dans le cadre des manifestations de Lille 2004, ou à l’occasion de nombreux autres concerts.

Cette Saison sera enfin celle de l’émotion car elle nous rappelle que la Pologne a toujours appartenu à l’Europe et à son histoire, même dans les temps les plus noirs du stalinisme. Je pense à la phrase si vraie de Witold Gombrowicz « la certitude ne m’a jamais quitté que je suis un européen, plus européen peut-être que les européens de Rome ou de Paris ». Le retour « officiel » de la Pologne- si je puis m’exprimer ainsi- dans la famille européenne transporte avec lui toute une charge affective et émotionnelle profonde liée à cette histoire artistique et culturelle jamais vraiment interrompue. L’ancrage européen de la Pologne se lit en filigrane à travers les manifestations proposées par la Saison : par ses créateurs, on réalise combien elle a participé et même initié parfois les grands mouvements artistiques qui ont traversé l’Europe : romantisme, symbolisme, constructivisme, art abstrait… Comment aussi ne pas se remémorer sans une certaine émotion les leçons qui nous venaient de Varsovie de ses artistes et intellectuels dans les années 70-80 : sans cesse ils nous ont rappelé l’héritage européen de la liberté de créer et de penser, ils nous ont interpellé sur notre difficulté à nous arracher à notre quotidien confortable, pendant qu’ils se battaient pour la liberté et les droits de l’homme.

Nombre de nos institutions culturelles, patrimoniales comme contemporaines, nombre de nos grands festivals, et la plupart des régions de France vont ainsi célébrer, pendant six mois, la culture polonaise, une culture métissée et vivante, une culture qui aura également, à maintes reprises dans l’histoire, eu une influence déterminante sur les artistes et les intellectuels français. Je voudrais remercier tous ceux qui ont contribué à l’organisation de cette saison, et en particulier nos deux commissaires, Ryszard Kubiak et Guy Amsellem, ainsi que leurs équipes. Je souhaite saluer leur talent et leur enthousiasme.

Je me réjouis que la France et la Pologne aient décidé de fêter l’élargissement par un geste culturel. J’ai espoir que l’Europe élargie nous permette de mieux défendre, ensemble, la place de la culture dans la construction européenne. C’est Bronislav Geremek qui disait encore récemment « la culture est une dimension fondamentale de l’intégration européenne pas seulement à cause de l’élargissement mais pour l’avenir de l’Europe ». Il parlait même de la culture « comme d’un défi pour l’Union Européenne ». C’est en effet un défi. Il y a quelques mois, nous avons déjà milité, avec succès, pour l’inscription de la diversité culturelle dans le projet de constitution européenne. Je souhaite que cette connivence nous permette de construire ensemble l’Europe de la Culture. C’est pourquoi j’ai proposé au nom du gouvernement français, un mémorandum à tous mes collègues européens sur la relance de la coopération culturelle en Europe qui doit donner une place éminente à la culture. Les mouvements artistiques comme les créateurs se sont affranchis des frontières. La géographie de l’Europe romane, du romantisme ou encore de l’art nouveau montre combien la culture a elle aussi façonné l’Europe. La variété des langues européennes, des pratiques culturelles des vingt cinq pays qui constitueront l’Union dans quelques mois à peine souligne qu’un projet culturel européen, respectueux de nos différences, peut contribuer à valoriser la richesse de l’Union européenne et à rendre plus tangible son identité et notre communauté de valeurs.

Cette Saison ne doit pas être un point d’arrivée mais un nouveau départ dans la coopération culturelle. C’est la raison pour laquelle le Ministère de la culture enverra, dès l’année 2005, à Varsovie l’exposition « Ombres et lumières » qui rassemble 200 chefs d’œuvres de la peinture française. Je souhaite que la Saison, cette exposition et tous les échanges qui les accompagneront contribuent à créer l’Europe de la culture.

L’entrée de la Pologne dans l’Union européenne est à la fois un enrichissement culturel pour l’Europe et un atout pour notre idée partagée de la culture.

Je vous remercie.